1958: Exploit au Camp des Loges

18 octobre 1958: L’Amiens A.C. s’impose sur le terrain de Saint-Germain en Laye (4-3), après une extraordinaire course-poursuite et un dernier but mémorable.

Pour sa deuxième saison en championnat de France amateurs, l’Amiens A.C., toujours entraîné par Edouard Harduin, réussit un début de championnat remarquable. Avant de se déplacer dans la banlieue parisienne pour affronter le Stade Saint-Germain, l’équipe picarde est invaincue après sept matches. Elle est en tête du groupe Nord devant l’équipe réserve de Sedan. Mais l’équipe banlieusarde, qu’entraîne l’ancien international Roger Quenolle, s’annonce comme un adversaire redoutable: elle n’a été battue qu’une fois jusqu’à présent. Quenolle a préparé son équipe (dans laquelle joue le futur Sedanais Zacharie Noah, le père de Yannick) avec sa détermination coutumière. Le public est venu nombreux: l’affluence atteint le chiffre record de 1754 spectateurs.

La rencontre se déroule dans le cadre bucolique du Camp des Loges. Le stade, qui possède une seule tribune, est entouré d’un côté par la forêt de Saint-Germain et de l’autre côté de la route par la base militaire américaine de l’OTAN, dont l’entrée est gardée par des soldats au casque blanc. En arrivant au stade, les dirigeants d’Amiens ont une mauvaise surprise: Saint-Germain dépose une réclamation au sujet de la participation du gardien de but titulaire amiénois, Bernard Forcioli. Celui-ci est retourné vivre à Boulogne. Or, le règlement du football amateur interdit la participation de joueurs habitant à plus de 50 kilomètres de son club. Comme contre Reims (1-1), la semaine précédente, c’est donc le gardien remplaçant, Jean Bled, qui prend place dans le but.

  • -> L’EQUIPE D’AMIENS, A SAINT-GERMAIN: Bled — Falize, Feuillet, Bouly — Harduin, Cerf — Campuzan, Braun — Corroyer, Doré, Dumoulin.

Malgré cet inconvénient, Amiens connaît un début de match tonitruant et inscrit 3 buts dans le premier quart d’heure: 2 par Frédy Dumoulin (2e et 8e minutes), le 3e par Pierre Doré (16e). Le sort de la rencontre paraît vite réglé. Mais juste avant la mi-temps, l’avant-centre de Saint-Germain, Bombray réduit le score à 3-1 (43e minute). Pas de chance pour le jeune gardien d’Amiens. Gêné par de nombreux joueurs situés devant lui, il n’a pu anticiper sur le centre du joueur saint-germanois qui a heurté un montant avant d’entrer dans le but.

Pierre Doré (à droite) marque le 3e but d’Amiens à Saint-Germain.

Tel qu’on connaît les qualités de meneur d’hommes de l’entraîneur-joueur de Saint-Germain, Quenolle a dû « remonter les mécaniques » de son équipe dans le petit vestiaire local.  Dans son compte-rendu du journal L’Equipe, Jean Dumontier écrit:

« On croyait le match joué. C’était mal connaître l’énergie de l’équipe de Quenolle. »

En effet, moins de 10 minutes après la mi-temps, Saint-Germain revient au score. Noah d’abord (46e minute), Quenolle ensuite (53e minute), marquent dans une ambiance qui a changé du tout au tout. Dans Le Courrier Picard, Michel Garrou écrit:

« L’atmosphère déjà tendue par les multiples renversements de jeu, la vitesse d’exécution, les occasions manquées locales et quelques courageuses interventions de Bled, allait l’être davantage. »

Enfant, j’ai assisté à ce match. J’ai en mémoire le souvenir précis de la tension régnant sur le terrain et autour lors de la dernière demi-heure de la rencontre. Et aussi la sensation d’un grand soulagement lorsque survient l’action de la 73e minute, ainsi décrite par l’envoyé spécial du Courrier, si impressionné par cet instant décisif qu’il en fait le début de son article:

« On parlera sans doute longtemps de la sensationnelle reprise de volée des 25 mètres que mit à son actif Jack Braun, hier à Saint-Germain. Ce tir victorieux, sec au possible et irréprochable de précision, est venu à la 73e minute délivrer les Amiénois d’une pesante incertitude quant à leurs chances finales. Certes, le match n’était pas encore joué, mais au point où en étaient les formations (3-3), il était certain que celle, dans ce match continuellement empreint d’une rare âpreté, qui parviendrait à prendre l’avantage à la marque, obtiendrait du même coup une très sérieuse option sur la victoire. Et c’est exactement ce qui arriva, tout à l’honneur du team d’Harduin, se conduisant 90 minutes durant en grand leader, affichant sans cesse un courage et une convictions dignes d’éloges. »

Le but marqué ce jour-là par mon père, est entré en effet dans les mémoires de ceux qui y ont assisté. Plusieurs fois après ce match, quand Amiens inscrira un but sur un tir de très loin, les journalistes amiénois feront référence au « but de Saint-Germain ».

Des années plus tard, mon père et Roger Quenolle, devenus amis et collègues entraîneurs, se rappelleront ce souvenir  »frappant ». En 1962, sur une plage du Midi, j’échangeais quelques balles avec un adulte qui avait de vraies attitudes de gardien de but. Comme il me demandait d’où j’étais et si je jouais dans un club, j’avais dû lui dire mon nom. Alors, il s’était exclamé: « Braun ? si je connais Braun ? Tu parles, j’étais le gardien de Saint-Germain en 1958 ! « 

Consultant les vieux journaux, j’ai appris depuis que ce gardien de but avec qui j’avais joué pendant quelques minutes s’appelait Lavernhe.

Le dernier souvenir personnel de cette journée est celui de l’enfant de 7 ans que j’étais à l’époque. Après la douche des joueurs, je nous revois, sans doute avec toute la petite troupe amiénoise, nous précipiter vers la gare de Saint-Germain (comment avions-nous fait le long chemin du stade à la gare ? je ne m’en souviens pas) pour attraper le train de banlieue (le RER n’existait pas en ce temps-là) nous menant à la gare Saint-Lazare. Il ne fallait surtout pas rater le train du retour, gare du Nord ! Il n’était pas question pour les joueurs, de manquer la reprise du travail, le lundi matin, ni pour le gamin que j’étais, de manquer la classe de Madame Beaucourt, au CP de l’école Delpech !

Didier Braun

 

 

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