L’Amiens A.C. et la Coupe de France (1.L’apprentissage: 1920-1924)

Si la Coupe de France a 100 ans cette année, l’Amiens A.C. n’y a participé qu’à partir de 1920. Voici son histoire en feuilleton.

L’Amiens A.C. n’a pas disputé les premières éditions de la Coupe de France. En 1917 et 1918, il aurait été difficile au club picard d’y participer, étant situé dans les zones de combat de la Grande Guerre. Contrairement à ce qu’on lit sur Wikipedia, c’est lors de la saison 1920-21 que l’A.A.C. fait ses débuts en Coupe de France.

Des débuts discrets, peu relayés par la presse locale qui accorde très peu de place au football. Le 19 septembre 1920, pour le premier tour de la compétition, Amiens reçoit le S.C.Tourcoing sur son terrain de la rue Louis-Thuillier. Les journaux amiénois et nordistes donnent peu d’informations sur la rencontre, même si on apprend que le coup d’envoi a lieu à 14 h.15 et que le prix des places est fixé à 1 franc (0,50 franc pour les militaires).

La victoire revient aux Tourquennois (2-1), dont le meilleur joueur, selon Le Progrès de la Somme, a pour nom Duvillier. Le score est nul à la mi-temps. Amiens a été privé des services de son ailier gauche (non nommé), blessé en première période. Tourcoing obtient la victoire à la suite d’un « looping » (loupé ?) d’un arrière amiénois. Dans Le Journal de Roubaix, le buteur est désigné comme étant Houseux. Deux joueurs d’Amiens sont cités, Pierre Bréhon et le gardien Legrand.

En 1921, l’aventure amiénoise en Coupe prend une autre tournure. L’Athlé franchit les deux premiers tours, face au Véloce Beauvais (7-0) et à Avilly (2-1 après prolongation). Au 3e tour, il faut affronter le Stade Roubaisien, qui fait partie de l’élite du football nordiste. Il faudra 3 matches pour départager les deux équipes ! Le 6 novembre, Amiens l’a bien emporté au score (3-2, buts du Belge Henri Michel, de l’Anglais Robert Thompson et de Leviet), mais, sur réclamation des Roubaisiens, le résultat est annulé pour une faute technique de l’arbitre.

Deux semaines plus tard, les deux équipes se retrouvent, cette fois à Amiens. Là encore, malgré trois prolongations (!), le score reste nul (0-0). L’arbitre international M.Balway interrompt la partie, faute de visibilité. Une 3e fois, les deux équipes s’affrontent, le 27 novembre, de nouveau à Roubaix. Les Amiénois l’emportent nettement (4-0), avec 3 buts de l’avant-centre Michel et 1 de Sadowski. L’équipe qui a réalisé cette première grosse performance est composée de: Legrand — Wallet, Boves — Macret, Leviet, Bréhon — Sadowski, Bernard, Michel, Thompson, Devisse.

Le 4 décembre, la première participation d’Amiens aux 32es de finale correspond à l’inauguration officielle du stade de la rue Louis-Thuillier, qui ne s’appelle pas encore stade Moulonguet. L’A.A.C. y reçoit l’A.S.Française, un club parisien qui compte dans ses rangs deux internationaux, Maurice Mercery et le futur Amiénois Edouard Macquart. Amines joue dans la même composition d’équipe qu’au tour précédent et s’impose 2-1, grâce à deux buts de Michel. Le Progrès de la Somme s’enthousiame:

 » La journée de dimanche marquera dans les annales sportives picardes. Un club picard a réussi à se qualifier brillamment pour le second tour [NDLR: deuxième tour national, c’est-à-dire les 16e de finale]. Depuis la guerre, le football picard semblait être endormi et n’accusait aucun progrès. Cette saison marque donc le réveil du sport picard et nous fera envisager l’avenir sous des couleurs moins sombres. Hourrah, pour l’Amines Athletic Club et sa vaillante équipe ».

Amiens-A.S.Française, 4 décembre 1921. A gauche, Charles Sadowski. Admirez l’état du terrain inauguré ce jour-là !

  • Amiens ne peut rien contre le Red Star

Mais le chemin vers le plus haut niveau est encore long. En 16es de finale, Amiens a la chance de se qualifier sans jouer: son adversaire désigné, le F.C.Cette, a été suspendu par la Fédération française pour fait de professionnalisme concernant le joueur anglais Stevenson. Les 8es de finale offrent à l’équipe picarde le test le plus fort de l’époque. Le 5 février, elle se rend à Paris, au stade de la rue Olivier de Serres, pour affronter le Red Star. Le club de Saint-Ouen, vainqueur de la Coupe en 1921, possède la meilleure équipe française, même en l’absence de l’idole nationale, le gardien Pierre Chayriguès. Parmi les onze adversaires d’Amiens, 8 jouent, ont joué ou joueront en équipe de France: les glorieux Lucien Gamblin, Paul Nicolas, Philippe Bonnardel, Juste Brouzes, Raymond Sentubéry, mais aussi Maurice Meyer, Raymond Sentubéry, Robert Joyaut ! Le Red Star est aux années 1920 ce que seront plus tard Reims des années 1950, Saint-Etienne des années 60-70, Bordeaux puis Marseille des années 80-90, Lyon du début de ce siècle ou le Paris S.G. actuel. Face à ce club au maillot bleu marine et blanc, Amiens ne fait pas le poids. Le Red Star marque deux fois en première période par Robert Joyaut, puis deux fois en seconde (Brouzes et Sentubéry). Pour le journal L’Auto, qui découvre les joueurs amiénois, les meilleurs ont été le gardien de but, Legrand, qui a évité un score plus lourd, Deviez (s’agit-il de Leviet ou de Devisse), et l’arrière que le journal parisien apprendra plus tard à bien orthographier: Wallée !

5 février 1922, Amiens affronte le Red Star (maillots rayés) au stade de la rue Olivier de Serres à Paris.

Ce bon parcours permet à Amiens d’avoir accès directement à la phase nationale de l’édition suivante. S’étant notablement renforcé à l’intersaison, l’Athlé espère aller au moins aussi loin en Coupe que la saison précédente. La déception est grande quand l’U.S.Quevilly vient lui infliger un sévère 3-0 sur son terrain.

En 1923-24, Amiens va buter au stade des 16es de finale, comme deux ans plus tôt. Auparavant, l’équipe a passé trois tours, éliminant successivement Paris Star 4-1 (2 buts de Fauconnier, 1 des deux Belges, Michel et Aerts), Fives 4-1 (2 buts de Provence, 1 de Michel et de Sadowski) et Choisy-le Roi 2-1 (buts de Thédié et Lagache). Il faut ensuite aller affronter sur son terrain la redoutable équipe du F.C.Rouen, demi-finaliste de la Coupe en 1922 et 1923. A la 4e minute, Rouen marque le seul but de la rencontre, par Rault, qui a profité d’une faible tentative d’interception de Wallet. Amiens tente de revenir à l’énergie, mais perd Barbare sur blessure et Thompson, expulsé. Pour L’Auto, c’est grâce à son gardien Capronnier que l’écart reste aussi minime. Mais pour Le Journal d’Amiens, cette courte défaite restera comme « un glorieux échec ».

L’équipe de ce « glorieux échec »: Capronnier — Wallet, Barbare — Topp, Braun, Thédié — Provence, Lagache, Aerts, Thompson, Fauconnier.

Après ces quatre premières expériences, Amiens a acquis l’habitude d’aborder la Coupe de France, seule compétition majeure se déroulant au niveau national. Le moment va venir de se hisser au niveau des meilleures équipes françaises. (à suivre)

Didier Braun

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