L’Amiens A.C. et la Coupe de France (2: 1925, la sortie du brouillard)

En 1925, l’Amiens A.C. atteint pour la première fois les quarts de finale de la Coupe de France. Après avoir été sauvé par le brouillard en 32e de finale.

Champion du Nord pour la première fois en 1924, l’Amiens A.C. n’avait jusqu’alors jamais dépassé les 8es de finale de la Coupe de France. Il doit accéder aux derniers tours pour acquérir une notoriété nationale. Pour y parvenir, le club picard a fait de nouveaux efforts de recrutement. Il a engagé l’international Edouard Macquart, l’excellent demi-centre anglais du Havre Sydney Sheldon, plusieurs bons joueurs s’étant fait remarquer dans le championnat de Paris (Adolphe, Triby, Pierucci). Pour la première fois, il a recruté un entraîneur professionnel, l’Anglais Amos Adams.

Pourtant, la carrière d’Amiens dans la Coupe 1925 manque d’un rien de tourner court. Après une entrée en matière facile contre l’équipe normande de Saint-Aubin (3-1), l’Athlé se rend à Paris pour rencontrer le Standard A.C., à Meudon. Le Standard est un des plus vieux clubs de football en France. Il a été créé en 1892 par des résidents britanniques de Paris. Ces pionniers du football ont été les premiers champions de l’antique Fédération française omnisports (l’U.S.F.S.A.). En 1925, les « Anglais de Paris »  ne figurent plus parmi l’élite parisienne, mais possèdent toujours une solide tradition de jeu classique. Et comme Amiens ne semble pas au mieux de sa forme, le Standard, dont le jeu s’organise autour du demi-centre Pearson, mène 2-0, les buteurs étant Hirst et Furnese. A 10 minutes de la fin, l’affaire semble entendue mais cela fait déjà un moment qu’on ne voit plus grand-chose sur le stade du Cols-Obeuf (où le Standard du XXIe siècle a toujours son siège). Le brouillard enveloppe le bois de Meudon. C’est à cet instant tardif que l’arbitre décide d’arrêter la rencontre. Un « fog » très anglais sauve Amiens.

Maurice Thédié, pris dans le brouillard et le milieu de terrain des Anglais du Standard

Le second match a lieu trois semaines plus tard, à Saint-Mandé, sur le terrain de l’U.S.Suisse. Amiens y affronte une équipe amoindrie: plusieurs titulaires du Standard sont partis passer Noël en Angleterre. Au contraire, les Picards ont déplacé leur meilleure équipe, Urbain Wallet ayant tenu à jouer malgré une blessure: Capronnier — Wallet, Barbare — Braun, Sheldon, Thédié — Trudon, Lagache, Fréville, Thompson, Aerts.

Le Standard ouvre le score en début de rencontre par l’ailier gauche Hetherington. Mais ensuite, les Anglais sont réduits à dix à la suite de la blessure de leur demi-centre Marston. Aerts et Fréville en première période, Fréville et Sheldon ensuite assurent la qualification d’Amiens.

Le 11 janvier 1925, en 16es de finale, Amiens doit de nouveau jouer sur terrain adversaire , celui du C.A.Messin. Il s’y impose nettement, 3-0, grâce à des buts de Lagache, Dupont et Aerts. Amiens se retrouve au niveau atteint en 1922.

Le 8e de finale se dispute sur terrain neutre. Amiens reprend le chemin de Paris pour affronter le S.C.Nîmes au stade Bergeyre, dans le XIXe arrondissement, près des Buttes-Chaumont. Le club nîmois a déjà fréquenté ce niveau de compétition. Il était quart de finaliste en 1923, huitième de finaliste en 1924. Deux de ses joueurs, l’international René Dedieu et le Britannique Arthur Parkes, ont disputé la finale de 1923 sous le maillot du F.C.Cette. L’Auto pense que les deux équipes sont proches l’une de l’autre, mais désigne Amiens comme léger favori.

Lutte serrée au stade Bergeyre entre Amiénois et Nîmois (maillots rayés)

Effectivement, le match et le résultat sont serrés. Le 1er février, devant 5000 spectateurs, Amiens l’emporte 1-0, sur un but de l’ailier belge Aerts. Pour le quotidien sportif, c’est le trio du milieu de terrain, Braun-Sheldon-Thédié qui a fait pencher la balance du côté d’Amiens. Pour la première fois, l’Athlé atteint les quarts de finale, dans cette composition d’équipe: Capronnier — Wallet, Viseur — Braun, Sheldon, Thédié — Devisse, Lagache, Fréville, Thompson, Aerts.

C’est dans le grand sud que le club picard doit maintenant aller. Amiens va affronter le F.C.Cette (orthographe d’époque pour Sète) à Marseille, au stade de l’Huveaune. 12 000 spectateurs ont envahi le stade de l’O.M., parmi lesquels de nombreux supporters cettois. L’équipe au maillot cerclé vert et blanc est favorite. Ses supporters espèrent que le club va atteindre, comme l’année précédente, la finale de Colombes. Mais le journal L’Auto, dans sa présentation, prévoit une lutte serrée.

L’Auto du 28 février 1925

C’est effectivement ce qui se passe. Cette prend un meilleur départ, puis Amiens domine la seconde période. Rien n’est marqué. C’est au cours de la seconde prolongation que Cette l’emporte sur une action confuse. A la suite d’un coup franc tiré par William Hewitt, un cafouillage se produit devant le but amiénois dont profite Louis Cazal pour battre Capronnier. Amiens est éliminé mais a prouvé que son équipe pouvait désormais rivaliser avec les meilleurs clubs français. Voici cette équipe, alignée au stade de l’Huveaune.

De gauche à droite, debout: Sheldon, Troude, Wallet, Capronnier, Viseur, Thédié, Adams (entraîneur); accroupis: Aerts, Thompson, Braun, Fréville, Lagache.

(A suivre)

Didier Braun

 

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