3 Lensois de 1948 à Amiens

Trois joueurs finalistes de la Coupe de France de football de 1948 avec Lens ont porté ensuite les couleurs d’Amiens à l’époque professionnelle.Commençons par vous présenter l’équipe de Lens qui a disputé cette finale de la Coupe de France de 1948, perdue contre Lille (2-3).

Le R.C.Lens, finaliste de la Coupe de France 1948

Le R.C.Lens, finaliste de la Coupe de France 1948

Voici la composition de l’équipe, telle qu’elle apparaît sur la photo. Debout, de gauche à droite: Georges Duffuler (gardien), Ladislas Smid, dit Siklo (demi droit), Elias Mellul (arrière gauche), Stanislas Gonlinski (arrière central), René Gouillard (arrière droit), Marcel Ourdouillé (demi gauche); accroupis: Jean Mankowski (ailier droit), Maryan Marresch (inter droit), Stefan Dembicki, dit Stanis (avant-centre), Maryan Pachurka (inter gauche), Michel Habera (ailier gauche).

Vous vous demandez sans doute quel rapport y a-t-il entre cette équipe de Lens et l’Amiens A.C. Eh bien, trois de ces onze joueurs ont ensuite porté le maillot azur et noir, dans les dernières années du professionnalisme à Amiens.

  • Gouillard: un match et puis s’en va

Le passage le plus rapide à l’A.A.C. a été celui de René Gouillard, le joueur à lunettes (comme le Havrais Marceau Stricanne). Depuis la période de l’Occupation, il avait toujours joué à Lens (au Racing et dans l’équipe fédérale Lens-Artois, en 1943-1944). Recruté par Amiens lors de l’inter-saison de 1950, alors qu’il allait avoir 29 ans, il a participé à la préparation et aux matches d’avant-saison de l’équipe professionnelle. Le 27 août 1950, il dispute le premier match de championnat de division 2, perdu contre Rouen (0-2). Il occupe ce jour-là le poste inusité d’avant-centre. Ce sera son premier et dernier match avec Amiens. Il quitte aussitôt le club, pour une raison que la lecture du Courrier Picard n’indique pas. La photo ci-dessous est donc un document. On le voit au centre de l’attaque amiénoise, pour la seule et unique fois.

L'attaque d'Amiens, le 27 août 1950 (de gauche à droite): Lacaze, Braun, Gouillard, Madani, Deléglise (autre ancien joueur de Lens)

L’attaque d’Amiens, le 27 août 1950 (de gauche à droite): Lacaze, Braun, Gouillard, Madani, Deléglise (autre ancien joueur de Lens)

  • Mellul: La fin de sa carrière professionnelle 

Elias Mellul a 35 ans lorsqu’il signe à Amiens. Débutant en pros à Lens lors de la saison 1937-1938, ce défenseur d’une solidité à toute épreuve, doté d’une frappe de balle peu commune, a joué dans le club minier jusqu’à son départ pour Amiens. Son long parcours lensois a cependant été interrompu pendant les années de Guerre. Juif marocain, il a été contraint de repartir dans son Maroc espagnol natal. Dans ces années d’Occupation, il joue à Ceuta puis à Grenade. Comme Gouillard, il participe à l’obtention du titre de champion de division 2 avec Lens, en 1949, qui permet aux Sang-et-Or de remonter parmi l’élite.

Son passage à Amiens est bref, lors de la dernière saison du club parmi les professionnels (1951-1952). Il n’y dispute que 8 rencontres de championnat et un de Coupe de France. Arrière latéral de métier, il apparaît aussi 3 fois au poste d’avant-centre. Son dernier match au stade Moulonguet avec Amiens, il le joue le 1er janvier 1952, contre… Lens (4-2) lors d’une rencontre disputée dans le cadre de la journée d’entraide des clubs pros de D1 à ceux de D2.

Amiens le retrouvera plus tard sur son chemin, avec Liévin puis Avion dont il sera devenu l’entraîneur. Il entraînera ensuite plusieurs autres clubs de la région minière (Barlin, Auchel, Hénin), ainsi que les jeunes du R.C.Lens.

Deux Lensois de 1948 dans cette équipe d'Amiens: Mankowski et Mellul.

Deux Lensois de 1948 dans cette équipe d’Amiens: Mankowski et Mellul.

  • Mankowski: A la base du renouveau amiénois 

C’est toujours avec beaucoup d’émotion que j’évoque le souvenir de Jean Mankowski. Vous comprendrez mieux pourquoi, en voyant cette photo prise au stade Moulonguet, où Jean, à la fin d’un entraînement, se repose un instant avec son fils Pierre (le futur joueur puis entraîneur professionnel), mon grand copain d’enfance et moi-même.

Printemps 1953, parmi les pâquerettes de Moulonguet; Pierre Manko, Jean Manko, Didier Braun !

Printemps 1953, parmi les pâquerettes de Moulonguet; Pierre Manko, Jean Manko, Didier Braun !

Ce fils d’émigrés polonais (comme 5 autres des joueurs de Lens de la finale de 1948) a déjà plusieurs années d’attaquant de niveau professionnel lors qu’il arrive à Amiens en 1950. Il  a débuté à Auchel, un des grands clubs amateurs de la région minière, avec lequel, à 18 ans, il a remporté le titre de champion de France amateurs en 1946. Il prend ensuite naturellement le chemin de Lens, en 1946 et y joue deux saisons (il inscrit 11 buts en 1947-1948). Après la finale de 1948, il est transféré à Rennes où il joue 20 matches (19 en 1948-49, 1 la saison suivante) et marque 4 buts. Il part alors pour Valenciennes (15 matches et 4 buts en championnat). Quand il signe à Amiens en 1950, c’est pour succéder à Charles Quaino qui venait de partir pour… Lens.

A Amiens, il est titulaire, aux différents postes d’attaquant, lors des deux dernières saisons professionnelles au cours desquelles il dispute 54 matches de championnat et inscrit 20 buts. Lorsque le club abandonne le statut professionnel, il est, avec Edouard Harduin et Jack Braun, l’un des trois pros qui demeurent dans le club. Avec eux, il participe à la lente remontée du club, depuis la Promotion jusqu’au championnat de France amateurs. En 1959, il succède à Edouard Harduin comme entraîneur, fonction qu’il a également occupée pour le club de la petite commune de L’Etoile, près de Flixecourt.

Jean Mankowski (à gauche) et Jack Braun, saison 1953-1954.

Jean Mankowski (à gauche) et Jack Braun, saison 1953-1954.

Je terminerai cette évocation des trois finalistes lensois de 1948 en me remémorant un souvenir d’enfant qui a un rapport direct avec le Lille-Lens de Colombes. Dans les années 1950, je suis souvent allé chez les Manko, à l’époque où Jean et son épouse tenaient une épicerie, rue Dhavernas, à Amiens. Dans le logement attenant au magasin, était accrochée au mur de la salle à manger une grande photo du stade olympique de Colombes, juste avant la fameuse finale. Devant la fanfare militaire exécutant l’hymne national, les équipes de Lille et de Lens sont au garde-à-vous, face à la tribune présidentielle et au président de la République, Vincent Auriol. J’étais très impressionné par la majesté de la scène et je devais rêver d’y être un jour (sur le terrain ou dans la tribune…). Je ne pouvais pas imaginer que des finales de Coupe de France, j’en suivrais plus tard près d’une cinquantaine. Mais que ce soit à Colombes, au Parc des Princes (l’ancien et l’actuel) ou au stade de France, à cet instant de la cérémonie, il m’est arrivé plus d’une fois de repenser à la photo de la salle à manger, chez les Manko.

Didier Braun

 

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