L’entraînement à Amiens en 1950

A quoi ressemblait l’entraînement de l’équipe professionnelle de football d’Amiens, en 1950? A la lecture de ces remarques notées par un joueur de l’époque, on constate que les exigences et les moyens mis en œuvre étaient très éloignés de ceux d’aujourd’hui.

Dans un cahier que tenait mon père lorsqu’il était footballeur professionnel à Amiens, j’ai trouvé, écrites de sa main, ces considérations sur le métier d’entraîneur et la description de l’entraînement, tel qu’il était conçu par André Riou, en 1950. Celui-ci, à cette époque, était considéré comme un technicien à la pointe de la recherche en la matière.

Reprise de l'entraînement en 1950-1951. André Riou est au premier rang, à gauche

Reprise de l’entraînement en 1950-1951. André Riou est au premier rang, à gauche

On parle aujourd’hui, très souvent, de l’aspect financier et de l’ego des joueurs qui nuisent à l’état d’esprit des footballeurs professionnels. A lire ces lignes suivantes, on comprend que le problème existait déjà, il y a plus de 60 ans, même dans un petit club professionnel, comme l’Amiens A.C.:

« Le but du football c’est avant tout de gagner. Mais pour gagner, il faut une excellente entente qu’il est difficile de réaliser dans une équipe professionnelle (finances).

[L’entraîneur] doit être à la fois sévère mais savoir comprendre ses joueurs, il doit ressemble en partie au maître d’école. »

On lit ensuite le programme d’entraînement hebdomadaire des professionnels d’Amiens. Il est nécessaire de rappeler le contexte dans lequel s’exerçait le métier de footballeur dans un club de division 2 : les matches ont lieu le dimanche après-midi. Il faut tenir compte de la longueur de certains déplacements (Amiens-Toulon, Amiens-Grenoble ou Amiens-Cannes, en 1950, ce n’est pas un petit voyage), effectués dans des conditions qui n’ont rien à voir avec les structures d’aujourd’hui: longueur de la durée des voyages en train (Amiens, évidemment, ne se déplaçait pas en wagon-lit), obligeant parfois l’équipe à arriver sur place le matin du match, après avoir voyagé toute la nuit dans des conditions précaires; retour plus de 24 heures après la rencontre, ce qui neutralisait totalement la journée du lundi, d’où ignorance des soins, du décrassage, de la récupération. D’autre part, rappelons qu’il n’existe pas d’installations pour nocturnes au stade Moulonguet. Donc, tout doit se dérouler avant la tombée de la nuit !

Voici le programme de la semaine tel qu’il est décrit par mon père:

  •  » MARDI MATIN : Décontraction.
  • MERCREDI MATIN: Travail du ballon – Application tactique.
  • MERCREDI APRES-MIDI: Critique du match – Culture physique
  • JEUDI MATIN: Culture physique
  • JEUDI APRES-MIDI: Petit match avec application tactique pour le match suivant
  • VENDREDI MATIN: Footing « .

Mon père ajoute ensuite ce que serait, pour lui, l’emploi du temps idéal.

  •  » DIMANCHE: réunion des joueurs à 10 h.45. MATCH à 15 h. BAINS à 17 h.
  • LUNDI MATIN: Soins (10 h. – 12 h.). APRES-MIDI: Libre.
  • MARDI MATIN: Décontraction et footing (10 h. – 12 h.). APRES-MIDI: Critique du match précédent (15 h.30).
  • MERCREDI MATIN: Amélioration technique (9 h.30 – 12 h.). APRES-MIDI: Visite du docteur (15 h.); entraînement physique (16 h.30 – 18 h.).
  • JEUDI MATIN: Décontraction et footing (9 h.30 – 10 h. 30); tactique en prévision du match suivant (10 h.30 – 12 h.). APRES-MIDI: Petit match avec application tactique (16 h.).
  • VENDREDI MATIN: Décontraction, jeux (10 h. – 11 h.30); Bains (11 h.30 – 12 h.). APRES-MIDI: Soins puis jeux au siège du club.
  • SAMEDI: Libre. « 

Dans ces notes, mon père est explicite sur son « désir de devenir plus tard entraîneur », d’où sans doute, ces réflexions exprimées par un joueur alors âgé de 22 ans. On aura remarqué un souci d’améliorer le suivi médical des joueurs, peu développé à cette époque.

Footing en 1956, au stade Moulonguet. Au premier plan (de gauche à droite): Wageneire, Falize, Jany, Berger; au second plan: Forcioli, Feuillet, Harduin, Braun, Bouly.

Footing en 1956, au stade Moulonguet. Au premier plan (de gauche à droite): Wageneire, Falize, Jany, Berger; à l’arrière-plan: Forcioli, Feuillet, Harduin, Braun, Bouly.

Lorsque le club abandonne le statut professionnel, en 1952, le programme d’entraînement est réduit à deux séances par semaine, le mardi et le jeudi. Compte tenu de l’impossibilité de s’entraîner à la nuit tombée et des obligations professionnelles de joueurs redevenus amateurs (Jacques Falize devait quitter ses travaux d’agriculteur à Buire-sur-Ancre pour aller s’entraîner à Amiens), l’entraînement a souvent lieu à l’heure du déjeuner. Un rapide casse-croûte fait ensuite office de déjeuner. Bonjour, la diététique…

Didier Braun

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