1930: Un entraîneur hongrois à Amiens

Dans les années 1920-1930, des entraîneurs de football venus d’Europe centrale exercent dans les clubs français. En 1930, Amiens a vu à son tour arriver un « globe-trotter » hongrois.

Dans son édition du 26 mai 1930, Le Journal d’Amiens fait paraître l’article suivant:

En ce printemps 1930, l’Amiens A.C. achève une grande saison, terminée par une grande frustration: pour la première fois, l’équipe picarde a atteint les demi-finales de la Coupe de France. Mais elle a échoué à Colombes, où elle a été éliminée par le Racing Club de France (3-1), après l’avoir tenu en échec (1-1) lors d’une première rencontre (j’ai prévu de raconter ces épisodes, un jour prochain).

Depuis le départ du Britannique Amos Adams, le club picard n’avait plus d’entraîneur appointé. L’entraînement était plus ou moins assuré par le dirigeant et arbitre Georges Courbot.

L’entraîneur que le club engage en 1930 est le Hongrois François (Ferenc) de Woggenhuber. Aucun détail n’est donné par la presse picarde sur son origine, son passé dans le football, ni les conditions dans lesquelles il a été mis en rapport avec le club, alors qu’il n’avait ni joué, ni entraîné en France auparavant. Une recherche sur Internet et un article du Miroir des Sports en 1931 m’ont donné quelques éléments.

De Woggenhuber avait été footballeur, avant la Première guerre mondiale, au M.T.K. Budapest, un des principaux clubs de la capitale hongroise. Dans l’article du Miroir, il raconte que son frère Oskar jouait pour le club rival, Ferencvaros, ce qui entraînait divisions et débats au sein de la famille. Après la Guerre, il entame un périple de globe-trotter du football. Lui-même évoque, sans le nommer, un club de division 2 d’Athènes où il a officié. Il a été le premier entraîneur professionnel du Talinn JK, en Estonie. Selon l’article du Journal, il a également entraîné en Roumanie (Chinezul Timisoara), en Hongrie (Szombathelyi), en Espagne (La Corogne), en 1928. En revanche, contrairement à ce qu’on peut lire dans cet article, je n’ai trouvé nulle trace de lui comme entraîneur des sélections de Hongrie et de Roumanie.

Les journaux de l’époque donnent très peu d’informations sur les entraîneurs. Les présidents et les capitaines sont plus souvent cités comment étant les principaux personnages du club. A Amiens, ce sont les noms du docteur Moulonguet, d’Urbain Wallet ou de Paul Nicolas qui apparaissent en priorité, lorsqu’il est question de décisions impliquant le club, de recrutement ou de choix techniques. L’entraîneur apparaît rarement.

C’est presque par hasard que j’ai découvert que Maurice Thédié, cité dans l’article du Journal d’Amiens comme devant collaborer avec de Woggenhuber, a été évincé à la fin de l’année 1930, vraisemblablement pour avoir critiqué l’entraîneur !

François de Woggenhuber a dû entraîner Amiens lors des saisons 1930-1931 et 1931-1932. Son principal fait d’armes est d’avoir conduit le club picard en quarts de finale en 1931, où il a été éliminé à Colombes, par le futur finaliste, Montpellier (1-2).

François de Woggenhuber (debout à gauche), au côté de Wallet, Viseur, Michel, Delmer, Braun, Lapierre; accroupis: Liberati, Leroy, Nicolas, Balavoine, Dinouart. (Amiens-Montpellier)

François de Woggenhuber (debout à gauche), au côté de Wallet, Viseur, Michel, Delmer, Braun, Lapierre; accroupis: Liberati, Leroy, Nicolas, Balavoine, Dinouart. (Amiens-Montpellier)

A la fin de la saison suivante, le 9 mai 1932, le Progrès de la Somme annonce le prochain départ du Hongrois pour l’Olympique de Marseille. De Woggenhuber n’entraînera jamais l’O.M., il ne sera plus l’entraîneur d’Amiens. Un autre entraîneur hongrois viendra un peu plus tard à Amiens, en 1933: Ferenc Konya. Lui aussi avait pas mal bourlingué en Europe, en Allemagne,  en Estonie, en Italie, en Suisse, puis en France (Mulhouse, Le Havre; C.A.Paris). Quant à François de Woggenhuber, une recherche sur le site de la Bibliothèque Nationale de France, Gallica, le signale comme entraîneur ou manager à Lorient, à l’U.S.Saint-Malo-Saint-Servan, au CALO d’Oran. Dans ces temps anciens, les  »mercenaires » du football existaient déjà…

Didier Braun

 

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