Amiens A.C. et la Coupe de France (8: 1931 et 1932, stop au sud)

En 1931 et 1932, Amiens voit son parcours en Coupe de France interrompu deux fois par les clubs du Sud.

Après la frustration de la double demi-finale de Coupe de France 1930 perdue face au R.C.France, Amiens tente une nouvelle conquête dans la grande épreuve nationale. L’Athlé débute dans l’épreuve en 32es de finale, à la fin de l’année1930, une période où ses buteurs font preuve d’une grande efficacité en championnat (25 buts en 3 matches au mois de novembre !). Ils sont également impitoyables en Coupe contre le petit club de Sélestat, qu’ils martyrisent 11-1 sur le terrain de la rue Louis-Thuillier. Liberati et Gillet marquent 2 buts chacun, Nicolas 3 et Balavoine 4 !

Au tour suivant, à Lille, Amiens atteint de nouveau la dizaine de buts (10-0) pour éliminer l’U.S.A. Clichy (10-0). Balavoine marque de nouveau 4 fois et Nicolas réussit un autre triplé !

En 8es de finale, Amiens retrouve le stade Jean-Dubrulle, à Roubaix, où l’attend une tâche difficile. Son adversaire, l’Iris club de Lille, l’a battu 3-1 en championnat au début de 1931. Signe que le demi-finaliste de 1930 joue gros, la presse spécialisée parisienne a délégué à Roubaix ses envoyés spéciaux: Lucien Gamblin pour L’Auto, Gabriel Hanot pour Le Miroir des Sports, Marcel Rossini pour Match L’Intran. Il n’y aura pas de surprise, Amiens l’emportant (2-0) grâce à des buts de Dinouart, dit « Pigeon », et de Liberati en seconde période.

8 février 1931, Amiens-Iris Club de Lille: 2-0.

Très critique sur la performance des deux équipes, Gabriel Hanot note surtout l’état de fébrilité des Amiénois:

« L’importance du résultat troublait à ce point les esprits des belligérants que les nerfs gardèrent, pendant toute la partie, l’ascendant sur les muscles ».

Hanot décrit même l’expérimenté Paul Nicolas « pâle et défait »… Enfin, pour la 4e fois en moins de dix ans, Amiens atteint les quarts de finale. Le 8 mars, l’équipe picarde reprend le chemin du stade olympique de Colombes, pour affronter le S.O.Montpellier, vainqueur de la Coupe deux ans plus tôt (2-0 contre Sète). Comme l’année précédente, un train spécial conduit joueurs et supporters vers la capitale. Les fans ont entouré leurs idoles sur le quai de la gare, vers 8 heures du matin. 15.000 spectateurs environ vont assister à la rencontre. Amiens, cette fois, joue dans son maillot traditionnel, face aux Montpelliérains dans leurs couleurs coutumières (maillot blanc cerclé de rouge). Les deux équipes se présentent dans la composition suivante:

  • AMIENS : Michel — Wallet, Lapierre — Grandsert, Delmer, Braun — Liberati, Leroy, Nicolas, Balavoine, Dinouart.
  • MONTPELLIER : Guillard — André Boutet, Mitrovic — Hornus, Dedieu, Dupont — Matte, Cros, Rolhion, Jacques Temple, Désiré Boutet.

En dépit d’une entame de match menée à toute allure par les Amiénois, Montpellier domine nettement la première période et marque deux buts par Roger Rolhion. Faiblement organisé, laissant trop d’espace entre les deux organisateurs de son jeu, Célestin Delmer et Paul Nicolas (lui-même blessé), Amiens ne peut guère espérer revenir au score. Nicolas est exilé à l’aile où, écrit Gabriel Hanot, « il ne demande qu’une chose: de ne pas voir le ballon ». Urbain Wallet joue maintenant ailier droit, Ernest Liberati passe de l’aile droite au centre puis à l’aile gauche. Célestin Delmer devient inter gauche et Marcel Braun  demi centre, alors que le jeune Leroy passe en défense.

Ainsi désorganisée, l’équipe amiénoise ne peut qu’imparfaitement profiter du réflexe des Montpelliérains de se replier exagérément pour défendre son avantage. Servi par un centre de Liberati, Dinouart réduit la marque, mais il est trop tard pour espérer mieux. L’aventure de la Coupe s’arrête de nouveau à Colombes.

Amiens-Montpellier à la une du Miroir des Sports

Lors de la saison 1931-32, l’équipe d’Amiens fait sa mue. Plusieurs des glorieux « anciens » jouent moins souvent: c’est le cas de Paul Nicolas, de Georges Taisne, de Marcel Braun et de l’indéracinable Urbain Wallet. Une nouvelle génération apparaît, avec Gaston Talairach, Pierre Illiet, André Masset, Fernand Blot, qui feront ensuite partie des premières équipes amiénoises de l’ère professionnelle.

Amiens entre en Coupe de France en 32es de finale, le 20 décembre 1931, à domicile, et bat aisément l’équipe normande de Saint-Aubin 8-1 (dont 3 buts de Talairach). Ce match serait sans histoire si l’attaquant tchèque Frantisek Sperger, recruté cette saison-là, ne s’était pas cassé la jambe au cours de la rencontre. Sa carrière amiénoise s’arrête là.

En 16es de finale, le 10 janvier 1932, Amiens retrouve Montpellier, qui l’avait éliminé la saison précédente. Cette fois, la rencontre se déroule à Saint-Ouen. Le public parisien, qui a eu l’habitude de voir Urbain Wallet au poste d’arrière, tant avec Amiens qu’avec l’équipe de France, le découvre au poste d’ailier, qu’il occupe depuis quelques matches, pour rendre service.

De l’avis des spectateurs, le niveau du match est supérieur au quart de finale de Colombes, quelques mois plus tôt. Montpellier a l’avantage en début de rencontre et marque dès la 7e minute, par Granier. Mais Amiens revient dans la course grâce à son fort moral et atteint la mi-temps à égalité, Talairach égalisant de la tête à la 40e minute. La seconde période est plutôt à l’avantage des Picards, que concrétisent deux buts de Liberati, à la suite d’une transversale de Wallet (65e minute), et du brave Urbain qui, bien que claqué, réussit à pousser le ballon dans le but (80e).

12 janvier 1932, à Saint-Ouen, Amiens prend sa revanche sur Montpellier.

Montpellier est tout près de revenir dans les dernières minutes où Hornus rate un penalty, où le gardien d’Amiens Michel est à la parade face à Rolhion et à Gérard. Et quand Braquessac marque enfin, c’est trop tard. Il ne reste que quelques minutes à jouer.

  • L’EQUIPE D’AMIENS CONTRE MONTPELLIER : Michel — Balavoine, Lapierre — Grandsert, Delmer, Blot — Liberati, Illiet, Talairach, Nicolas, Wallet.

En 8es de finale, Amiens retourne à Marseille où, sept ans plus tôt, l’Athlé avait disputé son premier quart de finale (défaite 1-0 après prolongation, contre le F.C.Cette). Le 7 février, au stade de l’Huveaune, il ne reste plus de cette équipe de naguère que l’éternel Wallet. Désormais, Urbain joue en permanence à l’aile quand il est aligné. Cette fois, c’est l’O.G.C.Nice qui fait face aux Picards. Le club azuréen compte dans ses rangs plusieurs joueurs de fort calibre. Les internationaux Edouard Crut, Jean Batmale, Jules Dewaquez, Eugène Langenove ne sont plus de première jeunesse mais leur expérience peut compter.

  • AMIENS : Michel — Balavoine, Lapierre — Grandsert, Delmer, Blot — Liberati, Illiet, Talairach, Nicolas, Wallet.
  • NICE : Lombardo — Langenove, Lardi — Audoly, Batmale, Andoire — Dewaquez, Tomasi, Butty, Crut, Rode.

Les deux équipes vont proposer au public marseillais deux styles très différents. A la forme assez classique du jeu amiénois, les Niçois opposent une ardeur plus grande. Le scénario de la rencontre est très spectaculaire, les renversements de situation incessants. Amiens ouvre la marque très tôt (Illiet, 8e minute), mais Nice prend l’avantage (par Tomasi et Dewaquez) à la fin du premier quart d’heure. Illiet égalise (36e) avant la mi-temps, mais Nice reprend l’avantage peu après celle-ci (Dewaquez, 50e). Les deux vétérans amiénois, Wallet (57e) et Nicolas (64e) redonnent l’avantage à Amiens, avant que le glorieux Dewaquez termine son festival personnel en marquant 3 buts dans les 25 dernières minutes ! A 5 minutes de la fin, le score est encore de 4-4… A cet instant, lit-on dans le Miroir des sports,  » l’émotion était à son comble. La foule trépignait d’enthousiasme et d’incertitude ».

Mais une nouvelle fois, les espoirs d’Amiens s’effondrent face à une équipe méditerranéenne. Comme l’année d’avant. Et comme l’année d’après… (à suivre)

Didier Braun

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