L’élégance des footballeurs d’Amiens de 1925

J’ai retrouvé dans une boîte à chaussures une photo étonnante des footballeurs d’Amiens, datant de 1925.

C’est une image que j’avais dû déjà voir en explorant cette boîte fermée par une ficelle. Elle ne m’avait sans doute pas interpellé. C’est depuis que j’ai plongé dans le détail de l’histoire de l’Amiens A.C. à l’époque où mon grand-père Marcel y jouait, que j’ai pu lier cette photo à l’événement qui s’y rattache.

Je n’avais pas prêté attention aux lignes écrites de la main du grand-père au dos du document: Le 1er mars 1925, Coupe de France, Marseille.

Ce jour-là, en effet, Amiens disputait au stade de l’Huveaune un match de Coupe de France perdu contre le F.C.Cette (orthographe de l’époque de la ville de Sète), après prolongation (0-1). J’ai déjà évoqué cette rencontre, à propos de la classique photo d’équipe prise avant la rencontre. Celle que je vous propose ici a un caractère plus rare: il n’est pas fréquent qu’une photo  de ces années-là présente une équipe de football en civil.

En habits du dimanche, les joueurs d’Amiens viennent de débarquer en garde Saint-Charles, à Marseille. Nous sommes en 1925

Malgré les pliures du temps et la qualité de la photo, on accède à un « morceau de vie » d’une équipe de football de haut niveau dans les années antérieures à l’instauration du professionnalisme en France.

La photo a été prise à la sortie de la gare Saint-Charles, dont on distingue la façade des arrivées sur la droite. Le photographe tourne le dos au monumental escalier qui descend vers la ville. Les joueurs, eux, peuvent admirer le panorama. 18 personnes semblent constituer la délégation (à laquelle s’est ajouté à gauche ce qui est peut-être un jeune porteur de la gare) amiénoise, ce qui semble beaucoup. Sans doute y a-t-il un ou deux dirigeants dans ce groupe, un remplaçant (Sadowski me semble être sur la photo alors qu’il n’a pas joué).

La scène se passe à l’arrivée de l’équipe en gare. En ce temps-là, on arrive sur place peu de temps avant la rencontre, en tout cas jamais la veille. N’oublions pas que, pour aller jouer à Marseille un dimanche après-midi à Marseille, les Amiénois ont dû quitter la Picardie la veille. Ont-ils dormi à Paris ? Ont-ils pris un train de nuit ? L’histoire ne le dit pas. Le match ayant lieu le dimanche après-midi, il est vraisemblable que les Amiénois ne seront de retour en Picardie que le lundi soir. Les patrons de ces « amateurs » devaient se montrer très conciliants avec leurs employés

Avec difficulté, j’ai identifié plusieurs joueurs: En partant du grand monsieur à gauche, melon sur la tête (Sheldon), je reconnais Troudes (2e), Capronnier (3e), Braun (4e), Sadowski (5e), Thompson (7e), Viseur (8e), Aerts (9e), Lagache (10e), Thédié (13e), Wallet (14e, aux allures de Hardy auquel je n’ai pas trouvé son Laurel), l’entraîneur Adamas (tout à droite). Je n’ai en revanche pas reconnu le militaire sur la droite.

Ce qui m’a paru le plus frappant, c’est l’élégance de tous ces jeunes hommes, qui ont peut-être passé la nuit dans le train : tous portent costume et cravate, chapeaux mous, melons ou casquettes !  Ne trouvez-vous pas qu’on dirait davantage une réunion de cadres d’entreprise qu’un déplacement de footballeurs amateurs ? Mais il est vrai que dans ces années-là, les bons joueurs ne l’étaient déjà plus tout à fait !

Didier Braun

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