Qui était Moulonguet ?

Le stade Moulonguet a été le lieu central du football d’Amiens jusqu’à la construction du stade de la Licorne. De qui porte-t-il le nom ?

Albert Moulonguet a donné son nom au stade du quartier Henriville. Il était né à Moncaup, dans les Pyrénées-Atlantiques en 1859. Après ses études au lycée de Tarbes, ce solide gaillard (il mesurait 1,85m) fit ses études de médecine à Paris, à l’issue desquelles il s’installa à Amiens où il devint un des plus notables chirurgiens de la ville. Il dirigeait une clinique réputée, située au 97-99 de la chaussée Périgord (aujourd’hui Jules-Ferry), dans le quartier Saint-Acheul. Egalement chirurgien-chef de l’Hôtel-Dieu, il fut professeur de pathologie externe puis directeur de l’école de médecine.

Au milieu de son équipe, au premier rang, le docteur Albert Moulonguet.

Sa clinique fut détruite lors d’un bombardement pendant la Première Guerre mondiale et Albert Moulonguet ne reprit pas ses activités professionnelle après la Grande Guerre. Il avait été profondément marqué par la mort à la guerre de son plus jeune fils Albert, engagé à 17 ans, et les blessures subies par ses autres fils, Pierre et Jacques.

Il se consacra alors énormément au football. Dès 1901, sollicité par un des membres fondateurs de l’Amiens A.C., Robert Petit, le médecin avait pris une carte de membre honoraire. Devenu président du club en 1913, Albert Moulonguet oeuvra remarquablement pour le développement de l’association, y compris pendant la Guerre, quand, pour que l’activité perdure malgré la Guerre, il fallut trouver un nouveau terrain, l’ancien stade de la rue Henri-Daussy étant réquisitionné par l’armée britannique.

Au stade de la rue Henri-Daussy, en 1910, le docteur Moulonguet (2e à gauche), en compagnie de dirigeants dont Frédéric Petit (à sa droite), un des fondateurs de l’AAC.

C’est au lendemain du conflit que le club se développa, bâtissant une des meilleures équipes françaises des années 1920. Albert Moulonguet y contribua grandement, notamment en acquérant le terrain de la rue Louis-Thuillier, qui appartenait aux Hospices d’Amiens, dont il était membre de la commission administrative. Après l’avoir loué à partir de 1920, le club en devint propriétaire en 1923.

  • Le stade porte son nom depuis 1931

Le docteur Moulonguet fut le président de la grande période de l’Amiens A.C. dans les années 1920, accédant au plus haut niveau régional et national. En 1931, il céda son poste au docteur De Butler. C’est à ce moment que le stade de la rue Louis-Thuillier fut nommé stade Moulonguet. On est alors à l’époque où le club devait choisir d’adopter ou non le statut professionnel. Moulonguet, comme la plupart des dirigeants du club, y était opposé, ainsi qu’il l’avait écrit, au nom du club, au président de la Ligue du Nord, Henri Jooris:

« L’Amiens A.C. ne veut pas devenir un club professionnel, ni à tendances professionnelles. Par conséquent, si la F.F.F.A. institue (…) le professionnalisme dans son sein, il ne se rangera pas dans la catégorie des clubs professionnels. »

Si bien que le club amiénois, qui fut pourtant critiqué pour ses pratiques d' »amateurisme marron », accéda au professionnalisme en 1933-34, un an après son instauration en France. Mais ce retard à l’allumage avait provoqué le départ de plusieurs de ses meilleurs joueurs, en premier lieu les internationaux Célestin Delmer et Ernest Liberati.

Une autre époque du football débutait et l’âge d’or de l’Amiens A.C. s’achevait. Le docteur Moulonguet en avait été la personnification. Jusqu’en 1938, il assista aux matches dans « son » stade, parfois en famille, ainsi qu’on peut le lire dans les témoignages familiaux figurant sur le site « Les Moulonguet d’autrefois« . On y lit aussi que le vieux médecin tenait à payer les cotisations de ses petits-enfants pour qu’ils soient membres du club à vie.

Albert Moulonguet était retourné dans son Béarn natal à la fin des années 1930. Il y mourut le 5 mai 1940, à Lembeye, mais c’est à Amiens, sa ville d’adoption, qu’il a été enterré, au cimetière de la Madeleine, quelques jours avant l’arrivée des troupes allemandes.

Didier Braun

 

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