Les colères d’Urbain Wallet

Le défenseur Urbain Wallet était la vedette du football d’Amiens dans les années 1920. Sa force physique et son caractère bouillant sur le terrain en faisaient un personnage très populaire.

Le 30 mars 1930, Amiens se déplace à Tourcoing, au stade Fromentin, pour y rencontrer l’U.S.Tourcoing dans un match de championnat du Nord important; les Tourquennois disputent la place de leader à leurs voisins du R.C.Roubaix. Les Amiénois, eux, ont trop de matches en retard – à cause de leur long parcours en Coupe de France – pour participer à la course au titre. Ils pensent déjà à la rencontre de la semaine suivante, en demi-finale de Coupe contre le Racing parisien, à Colombes.

Sur une des premières offensives de Tourcoing, conduite par Dhalluin et Dély, le ballon parvient à Marcel Desrousseaux qui marque. Dans le Progrès de la Somme, on lit ainsi l’évocation de l’incident:

« Sur une descente tourquennoise, la balle parvient à Desrousseaux qui est nettement off side; toute la défense amiénoise lève les bras et marque un temps d’arrêt. L’arbitre ne veut rien voir et très facilement l’inter-gauche local bat Michel qui ne pouvait rien faire. Le public désapprouve l’arbitre et un incident se produit. Wallet quitte le terrain. Nicolas fait de même pour aller rechercher notre arrière. Les deux joueurs reviennent toutefois sous les acclamations du public très sportif ».

Pour le journaliste du Journal de Roubaix, cet incident perturbe l’équipe amiénoise pendant la première période, la mi-temps étant atteinte sur le score de 3-0 en faveur de Tourcoing. Il écrit:

« [L’incident] provoqué par Wallet en début de match ne permit de juger les Amiénois sous leur vrai jour que dans la seconde partie du match où les visiteurs donnèrent à fond ».

Il remarque d’ailleurs que dans cette première période fatale, « Wallet semble ne jouer que pour mémoire ». En seconde période, Amiens reviendra à 3-2 grâce à deux buts de Leroy.

Une attitude caractéristique d'Urbain Wallet. Cette fois encore, l'adversaire n'a pas résisté à sa charge !

Une attitude caractéristique d’Urbain Wallet. Cette fois encore, l’adversaire n’a pas résisté à sa charge !

Un mois plus tard, nouveau mouvement d’humeur d’Urbain Wallet. Le 19 avril, Amiens affronte pour la seconde fois le Racing Club de France à Colombes, en match à rejouer des demi-finales de Coupe de France (les deux équipes ont fait une première fois match nul 1-1 après prolongation, le 6 avril).

Le score est de 1-1 (buts de Braun pour Amiens, de Galey pour le Racing) alors qu’il reste 7 minutes à jouer. Lisons le compte rendu du Progrès de la Somme :

« Galey, l’homme de la 2e mi-temps, reçoit la balle de Villaplane; Wallet va à sa rencontre le long de la touche mais ne peut l’empêcher de centrer; la balle arrive en l’air devant les buts de Michel; Ozenne et Veyssade du Racing se précipitent tous deux, sautent vers elle et Ozenne, placé à un mètre de Michel met gentiment le ballon au filet… avec les deux mains. Michel n’a rien pu faire. Il n’avait d’ailleurs rien à faire puisque le coup était irrégulier. L’arbitre mal placé n’a rien pu voir. Il accorde le but. »

C’est alors que Wallet entre en scène. Poursuivons la lecture:

« Mais un homme surtout a vu: c’est Wallet. Vous connaissez Wallet: joueur consciencieux, droit, incapable de la moindre malhonnêteté. Il est écoeuré, excédé; il va trouver l’arbitre et lui demande de vouloir bien annuler ce but qui est rentré irrégulièrement. Ce dernier hésite et va consulter son juge de touche, mais ce dernier est un homme passif qui, pourtant bien placé, déclare que le but est régulier.

La fureur de Wallet est à son comble. Il supplie l’arbitre de revenir sur sa décision; n’y parvenant pas, il prend ce dernier par les deux bras et lui lance à la figure son découragement, son indignation; il n’y a rien à faire. Le référé  ne revient pas sur sa décision.

Wallet, dont la conscience se révolte devant de tels faits, quitte le terrain. Il y reviendra quelques minutes après sur les insistances de quelques dévoués supporters, mais ce sera juste à temps pour voir rentrer le 3e point qui anéantit à tout jamais les derniers espoirs amiénois. »

Toute la presse évoque l’incident. Dans l’hebdomadaire Match, Marcel Rossini est plus sévère que les journalistes amiénois envers l’attitude du capitaine d’Amiens. Il écrit ceci:

On le voit, le colosse picard pouvait avoir le sang chaud. Au cours du dernier match de l’année 1930, contre Lens (8-2), Wallet joue de nouveau les Zorro. Un incident oppose le gardien lensois Dumoulin à Ernest Liberati. L’attaquant international d’Amiens, à la fin d’une action, est tombé près du gardien qui, « dans un moment d’affolement », d’après Le Progrès de la Somme, lui assène un coup de talon. « Cette faute impardonnable, poursuit le reporter, avait été vue par Wallet qui, outré, se précipita sur Dumoulin, et de ses 105 kilos, l’étendit par terre. L’arbitre ne pouvait que sévir. Il pria et Urbain et Dumoulin de regagner le vestiaire. »

Et cette fois, ce n’est pas de sa propre autorité que le capitaine d’Amiens quitta le terrain. On notera que le journaliste a souligné le poids impressionnant de Wallet. Il était si remarquable que la presse y faisait souvent allusion. Y compris dans les journaux étrangers, comme le montre cette légende d’une photo parue dans le journal espagnol La Nacion, au lendemain du France-Espagne (1-4) de 1927 :

Wallet, jugé par la presse espagnole en 1927.

Wallet, jugé par la presse espagnole en 1927.

Ce jour-là, Wallet ne pesait que 90 kilos ! Mais son jeu avait quand même paru au journaliste espagnol « rude et peu scrupuleux », ainsi que le précise la légende. Et cela faisait partie de la légende du brave (hors du terrain) Urbain.

Didier Braun

 

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