C’était il y a 60 ans (épisode 6): février

Le mois de février 1957 de l’Amiens A.C. est marqué par le derby à Abbeville, qui enflamme le stade Paul-Delique.

LE STADE D’ABBEVILLE PLEIN JUSQU’AUX ARBRES

L’Amiens A.C. a terminé le mois de janvier 1957 sur deux matches sans victoire en championnat. Il est toujours en tête du championnat du Nord, mais demeure sous la menace des amateurs du Lille O.S.C.

Février débute par un match comptant pour cette curieuse Coupe de Picardie, dans laquelle l’équipe hiérarchiquement supérieure rend un but par division d’écart à son adversaire, ainsi que je l’ai relaté dans ce blog. Le 3 février, Amiens se rend à Beauval, village industriel, berceau des usines de textiles Saint Frères. Le match se déroule sur un petit terrain dont je me souviens parfaitement, situé sur la droite de la route nationale Amiens-Doullens, dans la descente vers le village. 3 divisions séparent les deux équipes. Amiens débute donc le match en étant mené 0-3 !

Les Amiénois font très rapidement leur retard: au bout de 23 minutes, ils marquent 4 fois, par Frédy Dumoulin (6e, 14e, 23e) et Serge Campuzan (13e). Jean Mankowski ajoute un 5e but juste avant la mi-temps. « Campu » marque encore à la 58e minute et Soucas sauve l’honneur en fin de rencontre.

La semaine suivante, Amiens retrouve le championnat et va affronter Abbeville sur son terrain, ce qui n’est jamais une promesse de promenade, face à une équipe où figurent deux anciens Amiénois, Gérard Lenglet et Michel Cerf. Ces dernières années, les deux équipes ne se sont rencontrées qu’en Coupe de Picardie. Un an plus tôt, en demi-finale, Abbeville (avec un avantage d’un but au départ) a éliminé Amiens 2-1 après prolongation, au cours d’un rude affrontement.

En octobre 1956, au stade Moulonguet, Amiens a remporté le match aller 2-1 et les Abbevillois, qui occupent une excellente 3e place pour leur première saison en Division d’Honneur, croient fermement en leurs chances.

L’événement dépasse même le seul milieu sportif. Des notables régionaux président à la rencontre: le sous-préfet d’Abbeville, M.Chavarot, le maire d’Amiens M.Goret et son adjoint M.Mercher, le conseiller général et maire-adjoint d’Abbeville M.Viarre, représentant de Max Lejeune, maire de la ville et à l’époque Secrétaire d’Etat aux Forces armées sont au coude-à-coude dans la tribune officielle, aux côtés d’Henri Leclercq, l’inamovible président du District de Picardie de football. Une foule innombrable a envahi le stade. Le Courrier Picard ne communique pas le nombre de spectateurs mais assure qu' »une affluence record, unique dans les annales du stade Paul-Delique » était rassemblée pour le derby. Pendant deux jours, le quotidien publie des photos qui prouvent l’engouement qu’a suscité l’événement.

La foule au stade Paul-Delique

La foule au stade Paul-Delique

Trois heures avant le coup d’envoi, la tribune et les pourtours du terrain sont combles. Une photo du match (ci-dessous) montre même des spectateurs grimpés dans les arbres alentour. Pour la première fois depuis plusieurs mois, un changement est intervenu dans la composition de l’équipe amiénoise. Guy Wageneire, victime d’une élongation lors de la rencontre de Coupe de Picardie à Beauval, cède la place d’arrière gauche à Jacques Bouly, habituel demi gauche. Du coup, Claude Jany recule en milieu de terrain et Jean Marescaux fait sa rentrée à l’aile droite.

Comme au match aller, on assiste à une opposition de styles très différents. Amiens tente d’imposer sa technique mais Abbeville cherche à faire valoir un engagement physique supérieur. En début de match, poussé par ses milliers de supporters, Abbeville se procure plusieurs occasions. Son entraîneur-joueur, l’ancien Lillois Jean-Marie Prévost, voit son tir de la tête repoussé par la barre transversale alors que Bernard Forcioli était battu. Dercourt a aussi la possibilité de donner l’avantage aux Abbevillois. Les Amiénois laissent passer l’orage.

  • Un penalty tiré une fois, deux fois, trois fois !

Le jeu se stabilise. A la 32e minute, Amiens obtient un coup franc que tire Edouard Harduin. Vasseux, le gardien d’Abbeville, relâche le ballon. Après la mi-temps, le jeu s’équilibre. Lenglet, Dercourt, Lemaire portent le danger sur le but d’Amiens, mais Harduin, Braun, Campuzan répliquent.

Survient alors l’incident qui va tout changer. Présent au match, je me souviens de cet épisode dont on a souvent reparlé par la suite. A la 60e minute, l’Abbevillois Lecat fait une faute dans la surface de réparation sur un Amiénois qui n’était pas en possession du ballon. L’arbitre, M.Zuszek, le sanctionne d’un penalty. Jack Braun le tire et marque. Mais l’arbitre, estimant que le tir a eu lieu avant son coup de sifflet, le donne à retirer. Braun le frappe à nouveau, et cette fois Vasseux s’impose. De nouveau, l’arbitre demande qu’il soit retiré. Là, ce sont les Abbevillois qui protestent. Harduin prend en charge le troisième penalty et marque, cette fois.

Sur cette photo du Courrier Picard montrant le gardien d'Abbeville battu sur le penalty d'Harduin, on aperçoit nettement les spectateurs grimpés dans les arbres proches du stade Paul-Delique !

Sur cette photo du Courrier Picard montrant le gardien d’Abbeville battu sur le penalty d’Harduin, on aperçoit nettement les spectateurs grimpés dans les arbres proches du stade Paul-Delique !

L’incident a échauffé les esprits. L’exaspération a gagné le terrain et les gradins. Le match risque plus d’une fois de dégénérer. Peu à peu, le calme revient et favorise le jeu d’Amiens, que son avance de 2 buts a décontracté.

A la 72e minute, Jean Mankowski marque un 3e but sur un tir qui prend Vasseux à contre-pied. Les jeux sont faits et les Amiénois repartent tout heureux d’avoir échappé au piège. Leur avance au classement reste de 4 points sur Lille, vainqueur le même jour à Boulogne (4-1). Quant à Abbeville, on peut estimer l’ampleur de la défaite trop sévère. En fin de saison, l’équipe de Jean-Marie Prévost terminera le championnat à une remarquable 3e place.

  • LES EQUIPES DU DERBY
  • ABBEVILLE: Vasseux — Choquet, Lecat — Lemaire, Germain, Cerf — Dercourt, Schots, Langlet, Deneux, Prévost.
  • AMIENS: Forcioli — Falize, Bouly — Harduin, Feuillet, Jany — Marescaux, Mankowski, Dumoulin, Braun, Campuzan.

Le 17 février, Amiens effectue son 5e déplacement consécutif et rend visite aux « Renards » d’Avion, à côté de Lens. Dès la 11e minute, Frédy Dumoulin retrouve le chemin du but, mais ensuite Avion fait le forcing et égalise par Pétricic. Bernard Forcioli et Roland Feuillet, très efficaces en défense, permettent aux leaders  d’atteindre la mi-temps sur un score égal. En début de seconde période, sur contre-attaque, Dumoulin permet à Serge Campuzan d’inscrire le but de la victoire.

Amiens va aborder le sprint de fin de saison en position de force. A la fin février, son bilan en championnat est impressionnant: 13 victoires, 3 nuls,1 défaite.

(à suivre)

Didier Braun

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2 commentaires pour C’était il y a 60 ans (épisode 6): février

  1. marie odile campuzan dit :

    je suis la belle fille de serge campuzan. Je suis surprise de voir que mon beau père a permit d’incrire le but de la victoire. j’ai vu beaucoup de photos de lui étant joueur à Amiens

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