C’était il y a 60 ans (épisode 4): décembre

En décembre 1956, l’Amiens A.C. fait jeu égal avec les professionnels de Roubaix en Coupe de France.

TOUT PRES DE L’EXPLOIT

A la fin du mois de novembre, nous avons laissé l’A.A.C. dans une solide position de leader du championnat du Nord. Le mois de décembre commence, le 2, par un match de championnat important, sur le terrain de Hautmont, 2e au classement. Dans le Courrier Picard, le journaliste Michel Garrou annonce la couleur:

« Les « azur et noir » ne se font aucune illusion quant aux difficultés qui les attendent. Celles-ci sont réelles et les hommes d’Harduin auront certainement à livrer le plus pénible des matches qu’ils ont disputés jusqu’à présent. »

Quelques dizaines de supporters amiénois font le déplacement dans l’autocar des « amis de l’A.A.C » qui prend la direction des environs de Maubeuge. Sur place, 2000 spectateurs locaux les attendent, qui encouragent les Lestringuez, Ulrici, Boulanger, Globez, Deschamps, Nowak. Hautmont part rapidement à l’assaut du but amiénois. Dès la 4e minute, Bernard Forcioli, le gardien d’Amiens, est sauvé par la barre transversale. Puis, à la 32e minute, Delporte ouvre le score sur coup franc.

Amiens prend alors la direction du match. A la 41e minute, à la suite d’un corner tiré par Jack Braun, Edouard Harduin reprend de volée le ballon qu’a dégagé la défense nordiste. C’est l’égalisation. En seconde période, les deux défenses s’imposent et le score est inchangé. Pour Amiens, la performance est probante, qui confirme l’excellence de sa défense (Forcioli, Falize, Feuillet et Wageneire).

  • Roubaix, puis… Roubaix

Le 9 décembre, le leader reçoit l’équipe réserve de Roubaix, une semaine avant d’accueillir les pros du C.O.R.T. en Coupe de France. Il s’impose nettement (5-1), grâce à un nouveau triplé (réussi en un quart d’heure!) de Fredy Dumoulin, à un coup franc d’Edouard Harduin qui a ouvert le score, et au 14e but de la saison de Serge Campuzan. Les spectateurs de Moulonguet se sont parfois extasiés devant la performance des Amiénois. Garrou écrit dans Le Courrier Picard:

« Nous leur devons en effet d’avoir assisté à une première mi-temps d’un niveau parfois très élevé. Avec une élégance qui frisa même la perfection, ils élevèrent le match à l’échelon d’une véritable démonstration pendant quelques instants. »

Sous la conduite de leur entraîneur-joueur, les Amiénois vont donc aborder la Coupe de France avec une ardeur décuplée. Les deux séances d’entraînement des mardi et jeudi midi se font dans la bonne humeur. Après tout, y a-t-il une si grande différence entre le leader du championnat du Nord et une équipe de Roubaix qui se traîne au fond du classement de Division 2 ?

Entraînement au stade Moulonguet avant le match de Coupe de France

Entraînement au stade Moulonguet avant le match de Coupe de France (de gauche à droite: Wageneire, Forcioli, Falize, Feuillet, Harduin, Jany, Braun (au fond), Bouly, Berger).

Le 16 décembre, 5 000 spectateurs envahissent le stade Moulonguet, malgré un temps maussade. On n’avait pas vu semblable affluence rue Louis-Thuillier depuis l’époque du professionnalisme à Amiens. Ce match, ce n’est pas le premier que j’ai vu, mais j’ai le sentiment que c’est le premier que j’ai gardé le plus précisément en mémoire: le temps froid; l’allée qui sépare la tribune de la main courante derrière les bancs de touche, pleine de spectateurs; le maillot des deux équipes (celui d’Amiens, azur et noir, très beau, et celui du CORT, blanc à doubles chevrons rouge et noir); le match qui se termine dans la pénombre, pendant la prolongation; je résultat, fixé dans le souvenir…

Ce dont l’enfant de 5 ans que j’étais ne pouvait pas se douter, c’est que, des dizaines d’années plus tard, dans mes activités de journaliste, je croiserais plusieurs des acteurs roubaisiens de cette rencontre, devenus entraîneurs: Pierre Michelin, Eugène Grévin, et Richard Desremeaux le gardien, qui m’apprendrait qu’il était alors ami intime d’un couple de Roubaisiens qui allaient devenir… mes beaux parents !!

Amiens contre Roubaix

Amiens contre Roubaix. De gauche à droite, premier rang: Jany, Mankowski, Dumoulin, Braun, Campuzan; second rang: Feuillet, Bouly, Wageneire, Harduin, Falize, Forcioli.

Bon, revenons au match. L’équipe amiénoise a adopté un système de jeu prudent. Claude Jany et Jack Braun occupent souvent une position repliée. Mais elle se procure aussi de nombreuses actions de contre et ouvre même la marque à la 23e minute, par Jany, à la suite d’une action menée par Braun et Jacques Bouly. Les deux équipes font jeu égal mais Roubaix égalise en seconde période par André Gauchon. Il va falloir jouer une prolongation.

Pendant la demi-heure supplémentaire, Amiens commence à payer ses efforts face à une équipe roubaisienne plus puissante. Et c’est alors que Campuzan, blessé à une cheville doit sortir, que Jacques Rousseau inscrit le but qui élimine Amiens. L’équipe picarde tombe avec les honneurs, comme l’indique L’Equipe du lendemain.

L'article de L'EQUIPE du 17 décembre 1956.

L’article de L’EQUIPE du 17 décembre 1956.

Amiens retrouve ensuite le championnat où il lui faut défendre son invincibilité. Le 23 décembre, Harduin doit apporter un changement à son équipe qui n’avait plus été modifiée depuis plus d’un mois. Campuzan, blessé contre Roubaix, laisse sa place d’ailier à Jean Marescaux. A Oignies, face au dernier du classement, l’A.A.C. l’emporte aisément (5-2), sur des buts de Frédy Dumoulin (2 buts), Claude Jany, Jean Mankowski et Marescaux.

Invaincu en championnat à l’issue des matches-aller, Amiens termine l’année 1956 par un résultat nul à Boulogne (1-1), devant 2200 spectateurs. Son gardien Bernard Forcioli, un ancien de Boulogne, réussit des prodiges qui lui valent les félicitations de l’entraîneur et capitaine boulonnais, l’ancien international Jean Prouff. Braun (sur un coup franc de 30 mètres) et Campuzan se voient refuser deux buts pour des hors-jeu peu évidents. Mais les Picards prennent l’avantage en seconde période, sur un penalty de Braun (52e). Avantage annulé 13 minutes plus tard sur un but de Pinchedé.

Ce résultat nul équitable permet à Amiens de clore l’année largement en tête du championnat, avec 5 points d’avance sur l’équipe réserve de Lille, elle aussi tenue en échec ce dernier jour de 1956 (0-0 contre Avion).

(à suivre)

Didier Braun

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