Thédié, footballeur, résistant, martyr

Maurice Thédié a été un des grands footballeurs d’Amiens dans les années 1920. Résistant, il est décédé en 1944 dans l’abominable « train de la mort ».

Pour de nombreux Amiénois, Maurice Thédié est sans doute essentiellement le nom d’une rue et d’un stade, situés près du Coliseum et du groupe d’immeubles des ISAI, construits après la Deuxième Guerre mondiale. Tous ne savent pas qu’il fut aussi un des grands footballeurs de l’Amiens A.C. des années 1920.

Ce Parisien (il était né en 1896 à Puteaux) venait de remporter la Coupe de France avec le Red Star (2-0 contre Rennes) lorsqu’il a signé à l’Amiens A.C. Le club picard venait d’accéder à la division d’honneur de la Ligue du Nord et avait beaucoup renforcé son équipe. Outre Thédié, ont été recrutés l’Anglais Eric R. Farnfield (de Calais), Emile Fauconnier et René Trudon (ex-Levallois), Marcel Braun et Troudes (Stade Amiénois).

Thédié et Braun vont alors former une redoutable paire de demis qui, associés successivement à Barbare, Bernard, Troudes, Trudon et surtout l’Anglais Sheldon, vont constituer un des principaux points forts d’Amiens. Jusqu’en 1926, Thédié est titulaire. Il est plusieurs fois sélectionné du Nord et obtient une sélection en équipe de France, le 22 mars 1925, contre l’Italie (0-7) à Turin. Thédié est donc un des membres éminents des premières grandes équipes d’Amiens qui obtiennent la première place du groupe B de division d’honneur en 1923  puis le titre majeur de la Ligue du Nord, en 1925.

Maurice Thédié (à droite) et Marcel Braun, en 1924: Deux Parisiens sous le maillot d'Amiens

Maurice Thédié (à droite) et Marcel Braun, en 1924: Deux Parisiens sous le maillot d’Amiens

Il joue encore quelques matches en équipe première jusqu’en 1928. Il s’occupe de plus en plus de l’équipe juniors jusqu’en 1930. Un différend avec les dirigeants du club le contraint à quitter l’A.A.C. Il rejoint alors le vieux rival, le Stade Amiénois dont il va devenir un des dirigeants (il sera aussi membre du comité directeur du district de Picardie). Il joue encore et en 1932, croise ses anciens camarades de l’A.A.C. lors d’un derby très dur en Coupe de Picardie, au cours duquel Thédié et son vieux copain Braun en viennent aux mains ! Au mois d’août suivant, il se casse la jambe lors d’un match avec le S.A.

  • Football, tennis de table et… politique

Son activité footballistique n’est pas la seule de Maurice Thédié dans le domaine du sport. Il participe activement au lancement du tennis de table à Amiens dans les années 1930. On y joue notamment dans le café que Thédié tient avec sa femme, rue Delambre, en face de l’Hôtel de Ville. Après la Guerre, le club Amiens-Sports organisera d’ailleurs une « Coupe Thédié » de tennis de table.

Dans son café ont aussi lieu des réunions politiques de la SFIO. Sous l’Occupation, Maurice Thédié participe activement à la Résistance. Il rejoint le réseau Libération-Nord, participe à des distributions de tracts et de journaux clandestins. Sa bonne connaissance de l’anglais est utilisée également pour la réception et la traduction de messages.

La Gestapo l’arrête, sur dénonciation, le 19 mai 1944. D’abord incarcéré à la citadelle d’Amiens, il est transféré au camp de transit de Royallieu, à Compiègne. Le 2 juillet 1944, il est embarqué à bord du sinistre train 7909, connu sous le nom de train de la mort. Le convoi s’ébranle en direction du camp de Dachau. Maurice Thédié fait partie, avec 22 autres Picards, des centaines de morts de ce train (entre 500 et plus de 1000 selon les sources), dont Christian Bernadac a raconté en 1973 l’effrayante histoire. Page 241 de cet ouvrage (« Le train de la mort »), le nom de Maurice Thédié est cité dans ce témoignage d’un rescapé:

« Les quelques Picards que nous sommes recouvrons nos infortunés camarades. Nous en découvrons dans la position assise qu’ils avaient malheureusement adoptée au départ. Nous identifions parmi eux Maurice Thédié, René Bernard, Pierre Delplanque, Jean Caron, Marcel Vion, Marcel Richeter, Joseph Trodet. « 

Dans la nuit du 2 juillet, Maurice Thédié est donc mort du côté de Saint-Hilaire au Temple (Marne). Le grade d’adjudant au titre de la Résistance Intérieure Française lui a été attribué en 1949.

Le document ci-dessous montre sans doute une des dernières images de Maurice Thédié (debout, avec le béret) en tenue de footballeur.

Debout, de g. à dr.: Vaneste, Lambin, Thédié, Bréhon, Wallet, Pierucci; accroupis: Sadowski, Braun, Pierre, Balavoine, Taisne.

Debout, de g. à dr.: Vaneste, Lambin, Thédié, Bréhon, Wallet, Pierucci; accroupis: Sadowski, Braun, Pierre, Balavoine, Taisne.

Elle a été prise au stade Moulonguet, lors d’un match de vétérans, très vraisemblablement pendant l’Occupation. On retrouve ici plusieurs des grands joueurs qui avaient fait la gloire du club, dans les années 1920.

Didier Braun

 

 

 

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2 commentaires pour Thédié, footballeur, résistant, martyr

  1. Bernard Thédié dit :

    Bonjour Didier,
    je découvre, relayé par mon cousin Nicolas Thédié, le travail de qualité que vous faites sur le foot amiénois et ses joueurs du début du siècle. Je suis Bernard, l’un des petits-enfants de Maurice Thédié et j’ai fait moi-même un important travail de recherches et de mémoire autour de mon grand-père. Je vois que vous avez des précisions concernant ses activités dans la Résistance. Si je connaissais son appartenance à Libération Nord et son engagement à recevoir et traduire des messages en anglais, mentionnés dans sa proposition au grade d’adjudant, j’ignorais la distribution de tracts et de journaux. Ses activités étaient bien sûr très cloisonnées, au point qu’emprisonné à la Citadelle, il a continué de feindre dans ses courriers à sa femme de ne pas comprendre ce qu’on lui reprochait. Comment avez-vous eu ces détails supplémentaires ? Votre grand-père vous a-t-il parlé de lui ? Cela m’intéresse d’en savoir davantage.
    Encore merci pour cette collecte de données qui fait revivre une époque qui nous paraît très lointaine (étant né en 1961)…

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