Il y a 90 ans, une défaite… inqualifiable !

Il y a exactement 90 ans, l’Amiens A.C. subissait une cuisante défaite (7-1) en Coupe de France face à Rouen. Elle eut une conséquence immédiate pour son gardien de but.

Cette saison 1925-1926, l’Amiens A.C. atteint les 8es de finale de la Coupe de France de football pour la 3e fois en 4 ans. Eliminé en 8es en 1922 par le Red Star (4-0), en quarts en 1925 par le F.C.Sète – qu’on écrit alors Cette – (1-0 après prolongation), le club picard espère faire mieux encore. Champion du Nord en 1924, Amiens a de hautes ambitions. Aux tours précédents, les Picards se sont qualifiés face aux Alsaciens de Bischwiller (2-1) et aux Bretons de Quimper (2-1).

Les voici opposés au glorieux F.C.Rouen, finaliste de l’édition précédente. Le match a lieu le 7 février 1926 à Lille, sur le terrain de l’O.L., avenue de Dunkerque. Le journal L’Auto présente le match comme un des sommets de la journée. On lit dans le quotidien sportif:

« Les chances des Picards et des Normands paraissent bien égales. Tout au plus peut-on reconnaître une légère supériorité en demis aux Amiénois, mais elle doit être compensée par l’ardeur et le perçant des attaquants rouennais. Ces dernières aulités, jointes au bon moral et à l’habitude de telles rencontres nous font désigner le F.C.Rouen comme favori. »

  • LES EQUIPES DU MATCH DE 1926
  • AMIENS: Capronnier — Wallet, Viseur — Braun, Sheldon, Thédié — Aerts, Macquart, Pierucci, Tellier, Lagache.
  • ROUEN: Barnes — Rault, Canthelou — Witty, Quilan, Baizot — Lenoble, Burel, Desmarais, Boulanger, Bachelet.

Devant 8000 spectateurs, sur un terrain rendu lourd par la pluie, Amiens prend un meilleur départ. Dès la 4e minute, sur une action amorcée par Braun et Aerts, Pierucci ouvre la marque. Mais à la 9e minute, Lenoble égalise. Puis c’est au tour de Burel de donner l’avantage aux Rouennais. A la suite d’un « loupé » de Wallet, Boulanger fait le break, et en fin de première période, Lenoble inscrit un 4e but.

Dans la seconde partie de la rencontre, la débâcle s’intensifie. Boulanger (2 buts) et Burel portent le score à 7-1. Le milieu de terrain amiénois s’est trouvé handicapé par les blessures successives de Sheldon et de Braun. Les dernières minutes sont marquées par une sévère altercation entre Pierucci et Boulanger, qui vaudra à l’Italien d’Amiens une suspension d’un mois. La conclusion, pour le Progrès de la Somme, « c’est la fin d’un match émotionnant pendant le début, désolant par la suite, et la fin d’une belle équipe qui devait faire beaucoup mieux, la triste fin d’une équipe aux rouages brisés.« 

Pour le quotidien amiénois, le premier responsable de l’échec est la défense:

« L’équipe picarde a été battue par sa défense qui ne fut jamais en course et dont nous nous abstiendrons de qualifier la tenue. Devant une défense effondrée, les demis s’efforcèrent de la renforcer au détriment de la ligne d’avant qui fit honneur à sa réputation. »

L’autre quotidien picard, le Journal d’Amiens, pointe un responsable en le nommant, le gardien de but Fernand Capronnier, qui « fut extrêmement faible et fit une partie indigne de son passé et de sa valeur ».

Dans la description des buts, on lit qu’il n’a pas bougé sur le 2e but, qu’il est « médusé » sur le 5e. Est-ce à dire qu’il porte la responsabilité première de la défaite d’Amiens ? Dans le Journal de Roubaix, qui consacre un long article à la rencontre, on lit ce commentaire peu amène pour le gardien d’Amiens:

« Si Wallet et Viseur furent constamment passés à droite, à gauche, au centre, en dépit de l’excellente tenue de leurs demis, ils eurent au moins, eux, l’ardeur suffisante pour faire preuve d’initiative jusqu’à la fin, tandis que Capronnier ne nous permit pas de lui rendre cette justice. Son inactivité a contribué beaucoup au découragement relatif de ceux qui jouaient devant lui, à leur manque de confiance dans les moments critiques, et Dieu sait s’ils étaient nombreux ! »

Rappelons que Fernand Capronnier est alors un des meilleurs gardiens de but français. Sélectionné du Nord, il a été plusieurs fois appelé comme second gardien en équipe de France. Arrivé à Amiens en 1923, l’ancien gardien de la J.A.O. Saint-Ouen a été un des acteurs majeurs de la conquête du titre de champion du Nord en 1924. Lors d’un match décisif contre Lille (1-0), cette saison-là, il avait été « extraordinaire de brio ».

Wallet, Capronnier, Viseur (de g. à dr.), désignés coupables et responsables de la défaite contre Rouen !

Mais, après le désastre du match contre Rouen, Capronnier disparaît de l’équipe. C’est Legrand, l’ancien titulaire du poste, qui défend désormais le but amiénois jusqu’à la fin de la saison. Si l’on ne trouve pas d’explication dans la presse picarde, dans les semaines qui suivent le match de Lille, on lit ceci dans l’ouvrage Le football en Picardie, écrit en 1948 à partir de témoignages et de souvenirs d’anciens joueurs, dirigeants et supporters:

« Les Amiénois expliquèrent ce cinglant échec par la faiblesse, pour ne pas dire la complaisance, de leur gardien Capronnier (…)  »Changez les goals et le score sera inversé », disait-on alors. Capronnier fut suspendu pendant 6 mois de ses droits de membre du club (…) On ne trouvait aucun Amiénois qui ne fut convaincu de l’irrégularité du match. »

Commentaire et information bien troublants, n’est-ce pas ? On retrouvera plus tard Capronnier dans les buts du club parisien de la Société générale, le C.A.S.G.. Il croise la route d’Amiens lors d’un match amical de reprise, au mois d’août 1928. Dans l’équipe picarde, ce jour-là, il ne reste que deux joueurs qui avaient disputé la triste rencontre de 1926, Urbain Wallet et Marcel Braun.

Didier Braun

 

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2 commentaires pour Il y a 90 ans, une défaite… inqualifiable !

  1. Benoit dit :

    A noter que Capronnier était aussi sélectionné en équipe de Paris lorsqu’il jouait à la JA St-Ouen. J’ai pu retrouver un match Paris-Ouest du 10 décembre 1922 où il est sélectionné dans une équipe dans laquelle les dirigeants parisiens ont décidé « d’essayer de nouveaux joueurs » (L’Ouest-Eclair du 7 et 8 décembre 1922). On est pourtant en pleine mainmise Chayriguès-Cottenet ! Victoire des Parisiens par 2-1. On peut également trouver des photos de Capronnier sur Gallica sous les couleurs de la JA St-Ouen.

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