Rue des Trois-Cailloux, rue du foot

A la fin des années 1920, à la grande époque de l’Amiens A.C., l’axe du centre-ville est l’occasion de fréquenter plusieurs lieux où vivent et travaillent des personnages importants du club. Comme les Amiénois de l’époque, promenons-nous dans ces rues.

Partons de la place de l’Hôtel de Ville et prenons la direction de la place René-Goblet. N’ayons pas à l’esprit les rues d’Amiens d’aujourd’hui, telles qu’elles ont été reconstruites, redessinées après les destructions de la Deuxième Guerre mondiale et la transformation en zone piétonne depuis la fin du dernier siècle. Mais lorsqu’on se promène dans le centre-ville, au XXIe siècle, il suffit parfois de lever le nez pour voir des façades d’immeubles construits pendant l’entre-deux Guerres, dans le style Art Déco (exemples: les Nouvelles Galeries, inaugurées en 1927, ou les immeubles de la rue Ernest-Cauvin).

Il faut s’imaginer l’axe qui va de l’Hôtel de Ville à la gare du Nord (rue Delambre, place Gambetta, rue des Trois-Cailloux, place René-Goblet, rue de Noyon), tel qu’il est à l’époque. Les rues sont plus étroites qu’aujourd’hui. La circulation est rythmée par le passage des tramways. La ligne 1 conduit de la place Gambetta à Saint-Acheul, la 6 va de la gare du Nord à Saint-Pierre en passant par Gambetta. Leurs rails sillonnent la chaussée pavée. A partir de 1924, rue des Trois-Cailloux, la circulation des voitures de fait en sens unique.

Depuis la place de l’Hôtel de Ville, nous entrons dans la rue Delambre. Sur le trottoir de droite, au numéro 39, voici le café de l’international de football de l’A.A.C., Maurice Thédié. le « Café des mutilés« . Ici, comme dans d’autres établissements, on peut acheter des billets pour les matches de foot. Dans les années 1930, on y joue aussi au ping-pong. Il est un des initiateurs de ce jeu à Amiens. J’aurai bien sûr l’occasion de rendre hommage à cet homme, résistant dénoncé et décédé dans le « train de la mort« , en 1944.

Dans la même rue, un autre international d’Amiens, participant de la première Coupe du monde en 1930, Célestin Delmer, a tenu une crémerie. Il la vendra en 1932, lorsqu’il ira jouer à l’Excelsior de Roubaix au moment du passage au professionnalisme.

Continuant sur le même trottoir, nous arrivons place Gambetta, après être passés devant le magasin de vêtements Boldoduc. Nous laissons « Marie Sans chemise » au centre de la place. Si nous tournons à droite, dans la rue de la République, nous croiserons peut-être le docteur Moulonguet, président du club jusqu’en 1931, qui habite au 55 de la rue.

Pénétrons plutôt dans la rue des Trois-Cailloux. Nous sommes toujours sur le trottoir de droite. Au 18, tout à côté des « chaussures André », a habité un temps l’excellent joueur italien Bruno Pierucci. A la même adresse, dans les années 1920, se trouve le siège d’un hebdomadaire sportif, Le Franc Sportif.

Voici maintenant les Nouvelles Galeries, qui occupent tout le coin de la rue des Trois-Cailloux et de la petite rue des Corps Nus sans Tête.

Poursuivons notre chemin, jusqu’au 54, où se situe le café de Robert Thompson, incontournable meneur de jeu de l’Athlé, dans les années 1920, et qui a lancé, avec Henri Lambin, une équipe de vétérans dans les années 1930. A cette période, il entraînera aussi les juniors du club.

Robert Thompson (à gauche) dans son bar de la rue des Trois-Cailloux

Robert Thompson (à gauche) dans son bar de la rue des Trois-Cailloux

Le café de Thompson voisine avec le marchand de stylos Ragout et le marchand de café Rosen. Ils sont situés presque en face du théâtre et du café Le Globe. En 1924, le Globe avait accueilli joueurs, dirigeants et supporters du club, venus fêter le premier titre de champion du Nord, après avoir défilé depuis la gare du Nord, de retour de Roubaix.

En face, faisant le coin avec la rue Robert de Luzarches, voici l’imposante devanture du grand magasin de vêtements de Henri Devred. Celui-ci est un des principaux mécènes du club de football. Comme l’industriel René Matifas, Devred emploie plusieurs joueurs, comme André Lapierre, Ernest Liberati ou, avant eux, Sydney Sheldon qui y occupait un poste de comptable.

A droite, face au café du Théâtre, l'entrée du magasin Devred. (coll.personnelle)

A droite, face au café du Théâtre, l’entrée du magasin Devred. (coll.personnelle)

Juste à côté de chez Devred, et voisinant avec la pâtisserie Tognina, voici la Poissonnerie parisienne, au numéro 87 . Tous les joueurs de l’Athlé – mon grand-père Marcel Braun entre autres – viennent acheter ici leur poisson. Le patron n’est pas n’importe qui: il s’agit de Paul Nicolas, l’attaquant-vedette venu du Red Star en 1928, et capitaine de l’équipe de France. A l’endroit le plus commercialement prestigieux de la rue, c’est ce qui s’appelle avoir pignon sur rue !

Paul Nicolas devant son magasin (image extraite de l'ouvrage "Naissance et essor du football à Amiens" (éd.Encrage - Le Courrier Picard)

Paul Nicolas devant son magasin (image extraite de l’ouvrage « Naissance et essor du football à Amiens » (éd.Encrage – Le Courrier Picard)

Traversons la chaussée pour rencontrer un autre personnage incontournable du football et du sport amiénois. Au 78, entre un magasin d’alimentation et une boucherie, se trouve la bijouterie de Léon Maeght. Lui aussi est un fervent supporter du sport amiénois. Il a patronné une Coupe qui porte son nom. Il parraine de nombreuses manifestations sportives locales. Tout Amiens connaît son adresse, ne serait-ce qu’en lisant les nombreuses réclames qu’il se paye dans les journaux locaux. Dans les grandes occasions, il est sollicité pour offrir un cadeau-souvenir aux champions, comme le magnifique chronomètre qu’ont reçu tous les joueurs lors du titre de champion du Nord 1924.

Arrivés place René-Goblet, nous achevons notre promenade au centre-ville, où nous avons croisé quelques personnalités amiénoises du football. Mais bien sûr, le cœur du club bat plus au sud, dans le quartier d’Henriville. Si nous voulons revoir ces personnes en action ou en croiser d’autres en tribune, c’est rue Louis-Thuillier qu’il faut aller, au stade de l’Athlé qui sera baptisé stade Moulonguet en 1931. Mais avant les années 1930, on ne peut pas y aller par les transports en commun. La ligne 7 ne monte pas plus haut que la rue Laurendeau…

Didier Braun

 

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