Souvenirs d’enfance à Moulonguet

Jusqu’à l’âge de 12 ans, le stade Moulonguet, à Amiens, a été un de mes lieux privilégiés de jeux, de spectacles, de rêves. Un lieu familier et familial. Plus d’un demi-siècle plus tard, il est un des principaux lieux de mémoire de mon enfance.

Je suppose que, dès mes premiers mois d’existence, dans mon landau à la toile bleu marine, j’ai dû fréquenter le stade du quartier Henriville: des dizaines d’années plus tard, chaque fois que je rencontrais l’entraîneur d’Amiens de l’époque, le jovial André Riou, il me rappelait qu’il m’avait tenu dans ses bras, étant bébé !

En tout cas, j’ai clairement le souvenir que le terrain de Moulonguet a été un de mes premiers terrains… de jeu, avec mon premier copain, Pierre Mankowski, fils de Jean et lui-même futur joueur et entraîneur professionnel. Pendant que nos pères s’entraînaient, nous jouions près du but situé à l’opposé de la rue Louis-Thuillier (voir photo ci-dessous), à l’endroit où était planté le panneau d’affichage donnant le score de l’AAC et des « visiteurs ». Se trouvait à cet endroit une fosse de réception d’un sautoir en hauteur. C’était devenu notre bac à sable. Mais le ballon de foot n’était jamais loin. Déjà. La preuve en image:

Avec mon copain Pierre (à droite), au stade Moulonguet

Avec mon copain Pierre (à droite), au stade Moulonguet

De ces premières années, j’ai conservé de très nombreux souvenirs, visuels, sonores, olfactifs, même. Comme Georges Pérec, je pourrais multiplier à l’infini les « je me souviens… » de ce temps-là:

  • Je me souviens de l’entrée gravillonnée du stade où Pierre et moi, le dimanche après le match de nos pères, nous simulions des rencontres acharnées et tout en finesse technique, sans ballon et sans shooter dans les cailloux (chaussures du dimanche obligent…) sous les yeux de spectateurs qui s’amusaient en regardant ch’tchio Manko et ch’tchio Braun.
  • Je me souviens de la cabine du speaker, à l’entrée de la tribune principale, juste au-dessus de la salle de réunion. Le portrait du speaker (dont j’ai oublié le nom) était dessiné sur la cabine.
  • Je me souviens de la buvette, près de l’entrée des vestiaires, où avec nos mères, nous attendions les joueurs, après la douche. Il y avait derrière le comptoir une grande affiche du film de Pagnol, « Fanny », avec le célèbre dessin de Dubout. Il y avait au mur des pages sépia de Miroir-Sprint – j’ai en tête, allez savoir pourquoi, une photo d’Eugène Njo-Léa. L’hiver, il faisait sombre, la buée envahissait la pièce. Ca sentait le café, le viandox et l’humidité du dehors.
  • Je me souviens du petit bruit régulier, « tchip, tchip… » que faisait le tourniquet d’arrosage du terrain, au printemps.
  • Je me souviens des pâquerettes sur la pelouse, au printemps.
  • Je me souviens de la douceur, au printemps, et d’hirondelles volant sous la toiture de la tribune vide.
  • Je me souviens du couloir à ciel ouvert, derrière la tribune principale, qui donnait accès aux vestiaires puis au terrain, après avoir tourné à gauche. L’eau des douches coulait dans le caniveau central. Sur la droite, un simple mur en ciment.
  • Je me souviens des odeurs du vestiaire des grands, un mélange de savon, de gazon et de terre accrochés aux crampons, de cirage, de sueur, de vapeur d’eau venue des douches voisines.
  • Je me souviens que je jouais avec l’eau du bassin où les joueurs nettoyaient leurs chaussures, près de la grande baignoire en ciment, dans la salle de douches.
  • Je me souviens de la place que nous occupions dans la tribune, les premières années, ma mère et moi, sans doute en compagnie de la femme de Jean Manko et de Pierre. Nous étions près de l’entrée des joueurs, dont nous voyions dépasser la tête, quelques instants avant de pénétrer sur le terrain, en file indienne. J’adorais ce moment.
  • Je me souviens que j’enviais les ramasseurs de balle qui entraient sur le terrain en même temps que les joueurs, avant de prendre leur place derrière les buts. Quelle fierté cela a été d’être  »sélectionné » à mon tour, du côté du tableau d’affichage dont nous avions la responsabilité !
  • Je me souviens des panneaux publicitaires du stade: « La Belle Indienne », la « Coop », « La Ruche », et surtout, derrière le but, contre le mur séparant le stade des jardins voisins, « Kléber-Colombes » avec les deux losanges du logo de la marque.
La tribune principale, au fond les maisons de la rue Janvier. Match Amiens-Metz, en 1951 (Mankowski, Lacaze, Braun, Carré à l'assaut du but de François Remetter)

La tribune principale, au fond les maisons de la rue Janvier. Match Amiens-Metz, en 1951 (Mankowski, Lacaze, Braun, Carré à l’assaut du but de François Remetter)

  • Je me souviens que mon grand-père Marcel Braun regardait les matches depuis les places debout, dans le passage, sous la toiture, qui allait d’un bout à l’autre de la tribune. Enervé, contracté selon le déroulement du match, irrité sans doute par les commentaires de ses voisins, il ne tenait pas en place.
  • Je me souviens que mon autre grand-père, Robert Bacquet, était toujours à la même place, dans les gradins debout, derrière le but, côté rue Louis-Thuillier. Depuis la tribune principale, nous le distinguions aisément à sa belle chevelure toute blanche, sauf les jours d’hiver où il portait son béret. Il affectionnait cet endroit depuis l’avant-guerre, quand il lui arrivait d’aller voir jouer l’A.A.C. du temps de Marcel Braun.
  • Je me souviens du terrain d’entraînement, derrière la tribune d’en-face. C’est là que le jeudi, Jean Manko, alors entraîneur, dirigeait l’école de football du club. C’est aussi sur ce terrain que s’échauffaient les grands, le dimanche. Quand on les voyait revenir vers les vestiaires, en passant dans l’allée étroite – et devant le panneau Kléber-Colombes (voir ci-dessus) derrière le but, on n’était plus loin du coup d’envoi.
  • Je me souviens d’une réunion de courses de lévriers, sur la petite piste en cendrée. Et aussi d’une fête des écoles. Et encore d’un match de rugby – ce sport exotique dans notre ville, avec le Racing Club de France et Vannier à l’arrière. Et peut-être même d’une démonstration des Harlem Globe-trotters (mais je n’en suis pas très sûr).
  • Je me souviens du gros rouleau que le père Lambin utilisait pour rouler le terrain.
  • Je me souviens du monument aux morts, à l’entrée du stade, sur la droite. Dans les années 1990, mon père veillera à ce qu’il soit préservé, quand auront lieu les travaux de démolition.
  • Je me souviens des guichets de la rue Louis-Thuillier. Egalement de la rangée de maisons de la rue, que l’on apercevait depuis la tribune.
  • Je me souviens de l’immeuble situé derrière la tribune principale (dépendant, je crois, des hôpitaux d’Amiens), qui me paraissait bien mystérieux. On l’aperçoit sur de nombreuses photos de l’époque.
  • Je me souviens des maillots de Roubaix en Coupe de France 1956, du Stade de Reims en 1958 (hélas, mon idole Justo Fontaine n’était pas là), de Red Star-Lens dans la neige, du tour d’honneur des champions du groupe Nord en 1959, après un match contre Orléans.
  • Je me souviens d’avoir joué une fois en lever de rideau, avec les enfants de l’école de foot. Un spectateur m’encourageait sans cesse parce que j’étais le plus petit: « vas-y, tchiot ! » Ca ne me plaisait qu’à moitié… J’avais l’impression qu’il avait pitié de moi !
L'école de foot de l'AAC, en mai 1961. Je suis le petit (debout, 4e à partir de la droite). Juste devant moi: Pierre Mankowski.

L’école de foot de l’AAC, en mai 1961. Je suis le petit (debout, 4e à partir de la droite). Juste devant moi: Pierre Mankowski.

  • Je me souviens d’être revenu au stade Moulonguet, aux places réservées à la presse, pour quelques matches de Coupe de France. Je me souviens d’une interview amusante d’Arnold Sowinski, entraîneur de Lens. Mais ce ne sont plus des souvenirs d’enfance.
  • Je me souviens que j’ai pensé très fort au stade Moulonguet, le jour où Amiens s’est qualifié pour la finale de la Coupe de France en 2001, contre Troyes. Mais cette fois, c’était à la Licorne, à l’autre bout de la ville…
  • Et vous, de quoi vous souvenez-vous ?

Didier Braun

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4 commentaires pour Souvenirs d’enfance à Moulonguet

  1. Darboucabe dit :

    Bonjour
    Le petit fils de Bernard DEQUEANT ( Lens 1960/63 et Amiens 1963/67 …. En u 12 aux girondins de Bordeaux actuellement
    Salutations

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  2. Vimeux Jean (de Frohen le grand) dit :

    Si je souviens bien, Robert Bacquet était directeur de l’école Delpech .

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  3. LELIEVRE Marie dit :

    C’est génial ce retour en arrière, merci pour ce bain de jouvence!!!!!!

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