Jack Braun, gardien impromptu et invaincu !

Je croyais savoir pas mal de choses sur la carrière de footballeur puis d’entraîneur de mon père, Jack Braun. En consultant les vieux journaux, j’ai eu quelques surprises. Comme celle-ci: il a joué plusieurs fois comme gardien de but titulaire. Et n’a jamais perdu à ce poste !

Le poste « naturel » qu’occupait mon père, c’était au milieu de terrain. A l’époque du WM, système de jeu le plus souvent utilisé en France dans les années 1950, la terminologie divisait les milieux de terrain en « demis » et « inters ». Il a occupé les deux postes. Au début de sa carrière, en division 2 professionnelle, il a souvent joué arrière latéral. Il lui est arrivé également de jouer arrière central.

Il m’avait souvent dit qu’il était assez bon dans les buts. Au concours du jeune footballeur, dont il a terminé à la 4e place de la finale nationale en 1946, il y avait d’ailleurs une épreuve de gardien de but. Je savais qu’en pros, il avait un jour remplacé Jean Capart, le gardien titulaire, blessé, lors d’un match de championnat à Grenoble, en 1952. Le journal L’Equipe avait ainsi noté l’événement :

L'Equipe du 19 mai 1952

L’Equipe du 19 mai 1952

Il n’avait pas dû faire un mauvais match puisque son nom apparaissait en capitales dans la composition d’équipe. Je croyais que cette expérience avait été sans lendemain. Jusqu’à ce que je découvre qu’à plusieurs reprises, il a joué dans les buts, comme titulaire, lorsqu’Amiens est redevenu amateur.

Le 6 mars 1955, lors d’un match amical contre la réserve du Stade Français (2-1), il remplace le titulaire, Gilbert Dalaison, à la mi-temps, alors que le score était de 1-1. Dans Le Courrier Picard du lendemain, on lit « qu’il se tira de sa tâche avec calme et fit preuve d’une sûreté de bon aloi. »

Dans les semaines qui suivent, Dalaison est indisponible. Braun joue dans les buts, à Viesly (0-0).

« A la 33e minute, Braun sauve miraculeusement devant Kurowski et Descamps. » Le Courrier Picard note qu’en fin de match, « malgré tous les efforts des locaux, l’excellent gardien visiteur Braun, quelquefois aidé par la chance, gardera ses buts inviolés jusqu’au coup de sifflet final. »

Bah ! Ne dit-on pas que les grands gardiens doivent avoir de la chance ?!

A l’automne suivant, Braun supplée de nouveau le gardien titulaire, Jules Limousin, contre Boulogne (2-2). Apparemment, les choses se passent un peu moins bien, si l’on en croit ces quelques lignes du quotidien local: « Braun qui, tout en effectuant d’excellents arrêts, eut sur la conscience le deuxième but marqué par Léturgeon, qui permettait aux visiteurs d’obtenir l’égalisation. » Mais le gardien Braun ne perd toujours pas.

  • Gardien de but, malgré une sciatique !

Le 25 mars 1956, il doit de nouveau se dévouer lors d’un match important de championnat du Nord contre Avion. C’est l’hécatombe dans l’équipe amiénoise. Plusieurs titulaires sont absents: Jack Falize, Edouard Harduin, Jean Marescaux. Jean Mankowski est obligé de jouer alors qu’il a 39° de fièvre ! Le gardien Dalaison est également indisponible. A Braun de s’y coller. Cela fait deux mois qu’il n’a plus joué : il souffre de sciatique ! Tant bien que mal, Amiens l’emporte 3-2, mais on devine que la partie n’a pas été facile pour le gardien. On lit dans Le Courrier Picard: « Orio expédiait facilement un tir que Braun, malade, ne put bloquer bien que facile. »

A voir son attitude manquant de souplesse sur l’image ci-dessous tirée du Courrier Picard – c’est la seule que j’ai trouvée de lui dans les buts -, on comprend qu’il était gêné par son mal de dos !

La seule image de Jack Braun gardien de but en ma possession, contre Avion en 1956.

La seule image de Jack Braun gardien de but en ma possession, contre Avion en 1956.

Un an plus tard, le revoici entre les bois pour un match amical de reprise, le 18 août 1957, face à Cambrai (6-0). Match sans doute sans encombre pour le gardien, dont il n’est pas question dans le compte rendu du journal, malgré la présence de l’ancien international Jean Lechantre dans l’attaque adverse.

Enfin, la dernière fois – en l’état actuel de mes recherches – où j’ai trouvé mon père au poste de gardien de but, c’est le 25 janvier 1959, pour un match de championnat de France amateurs contre Noyon (4-3). Ce jour-là, Amiens doit d’abord se passer des services de Bernard Forcioli, l’habituel gardien. Dès leur arrivée, les dirigeants de Noyon ont déposé des réserves au sujet de sa participation, pour une raison réglementaire que j’expliquerai un jour prochain. Le second gardien de l’effectif, Jean Gayet (futur international amateur) est donc appelé. Mais il se blesse à l’échauffement, sur le terrain annexe, situé près du boulevard de Saint-Quentin. Une nouvelle fois, Jack Braun doit se dévouer, totalement à l’improviste. Bien qu’il encaisse 3 buts, l’affaire ne doit sans doute pas trop mal se passer pour lui, si l’on en croit le compte rendu de Michel Garrou dans le Courrier Picard:

« On dut faire appel à Jack Braun, qui accomplit de son mieux une tâche pour laquelle il n’était nullement préparé. Certes, il concéda trois buts mais dans des conditions telles, sur deux phases fort confuses puis pris à contre-pied et sans protection, qu’on ne peut lui adresser de réels griefs. »

C’est dans les dernières minutes qu’Amiens marque le 4e but, celui de la victoire. Un penalty est sifflé en faveur des Picards. Braun est l’habituel exécuteur. Cette fois, il doit laisser la responsabilité à l’élégant Claude Jany. Dans France-Football, le journaliste amiénois Maurice Gest décrit ainsi la scène, sous le titre : « Braun n’a pas osé voir la victoire d’Amiens »:

 » Il faut encore mentionner le geste du gardien remplaçant, Braun, lorsque son coéquipier Jany s’apprêta à tirer le penalty pour faute de main de Bouchenez, penalty qui devait donner la victoire à Amiens, une victoire sans panache. Braun tourna résolument le dos au jeu. Et ce furent les clameurs du public qui lui apprirent ainsi que Jany avait visé juste. »

Si je compte bien – et s’il n’en existe pas d’autres que j’ignore aujourd’hui, Jack Braun a disputé 8 matches en équipe première d’Amiens comme gardien, et n’en a perdu aucun: 5 victoires, 3 nuls, 8 buts encaissés. Il a peut-être manqué sa vocation !

Didier Braun

 

 

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